Pourquoi le bocal nous agite ?

Il fut un temps, quand le smoothie était encore un petit nouveau fascinant, où l’on acceptait de le boire dans de banals verres, voire à même la bouteille. Cet amateurisme touchant n’est plus: depuis quelques mois, il convient de verser tout ce qui « juice » dans de chouettes  bocaux vintage,  dotés d’un couvercle, lui même percé d’un trou et fiché d’une paille. Mais si, vous connaissez ! Pas un endroit un peu pensé par une décoratrice habile qui n’aligne les siens (sous des suspensions industrielles) !  Wild & the Moon, nouvelle fabrique à jus du Marais, pourrait ainsi cocher toutes  les cases.  Evidemment, ils ne s ‘appellent pas vraiment bocaux, ce serait trop simple et ferait penser aux tristes «  Bocos «  du bar TGV. Quand on sait de quoi on cause, on anglicise brillamment son bocal en «  jar », ou mieux en « Mason jar », du nom du modèle iconique  américain. C’est le  grand référent de ce  nouveau tic,  évidemment apparu d’abord à New York. Nous, si on était la Maison Le Parfait, tout aussi culte en France que Mason aux Etats Unis, on lancerait un modèle vite fait…  D'autres marques plus réactives ont déjà pigé le truc :  House  Doctor propose ainsi des  mini  jars en plastique pour " cool drinks"  du meilleur effet, du moins  sur les rayons des concept stores.
Cette ascension fulgurante avait au départ une raison. Le  jar, ventru et transparent, est apparemment le contenant idéal des « detox waters ». Ces infusions à froid de morceaux de fruits et d’herbes fraîches sont un peu le néo thé vert , au rayon pensée magique .  Elles seraient pleines de vitamines , bien que nous ne voyions pas  très bien comment ces dernières peuvent survivre plus d’une nanoseconde. Quoiqu’il en soit, dans un jar, les « eaux de fruits » (leur autre nom) en jettent, avec tous ces jolis machins qui flottent…
La jarmania ne s’est pas arrêtée là : depuis peu , ô hérésie, on voit aussi des bars à cocktails servir des Mojitos dans des jars à poignées ( des …chopes, donc ! ) . Il y en a même des bataillons à vil prix  chez Hema, visiblement destinés aux boums bien arrosées des  jeunes actifs.
Face à  cet abâtardissement tragique, nous n’aurons qu’un conseil :  si l’on tient vraiment à sa décoction aux tranches de fraises et basilic ciselé , il est temps de jarter le jar – qui se transporte difficilement-  pour la «  gourde avec infuseur ». C’est le prochain objet nomade à exhiber (en plus de tapis de yoga). Les premières viennent d’arriver sur Urban Outfitters...