Pourquoi on nage dans la purée de pois ?

Dans le quart des frigos américains, aujourd’hui, à côté du peanut butter, on trouve…une barquette de houmous, la purée de pois chiches moyen-orientale. Bien sûr, au pays de la melting popote, la recette originelle (les fameux pois, huile d’olive, ail, citron) en voit de belles… Sabra, la marque leader, en propose quinze variétés : à l’artichaut, aux poivrons ou au piment jalapeño, pour séduire les fans de guacamole. Le tout fabriqué en Virginie, où les producteurs de tabac se reconvertissent en masse dans le pois chiche !

A New York, la légumineuse joue les superstars. Avec des fast-foods spécialisés comme Hummus & Pita Co ou Chickpea, qui servent aussi des falafels (beignets de pois chiches). Mais aussi de vrais « hummus parlors », où on le déguste dans les règles de l’art, tiède, avec une pita maison. Avec ses Mimi’s Hummus, la chef Mimi Kitani a bâti un mini-empire. Et Dizengoff –restaurant réputé, à Philadelphie, pour servir le meilleur houmous du pays-ouvre bientôt une antenne au Chelsea Market, le food emporium le plus couru de la ville.

Pourquoi ce micro-marché progresse–t-il de 20 % par an ? En surfant sur la vague healthy et veggie, pardi ! Bourré de magnésium, de vitamines, de protéines, 100% « diète méditerranéenne », le houmous est un rêve de nutritionniste ! Les brindilles célèbres- Nathalie Portman, Kate Moss, Lady Gaga…-en sont folles, mais il n’a pas besoin de ça. Né en Mésopotamie, adoré de l’Egypte au Liban en passant par la Syrie, il a 7000 ans de storytelling derrière lui. Et raconte une belle histoire de Méditerranée sans guerres, réfugiés ni frontières, où tout le monde pourrait s’assoir à la même table. Comme les livres de cuisine (et best-sellers planétaires) de Yotham Ottolenghi et Sami Tamimi , le duo de chefs israélo-palestinien adulé à Londres. Ou  toutes ces nouvelles cantines parisiennes -Miznon, Grillé, Rococo ou Mokonuts- qui proposent des kebabs chic et de la street food de tous les pays du Levant…

Chez nous aussi, désormais, le houmous squatte donc les pages recettes des magazines (avec des variantes à la fève, la betterave, la pistache) et les tables en pointe, du Chateaubriand au Plaza Athénée (où il escorte le carpaccio de bar). On parie que ce sera LE dip de l’été ? Pourquoi, sinon, nos Michel & Augustin nationaux auraient-ils lancé récemment des chips de pita ? En matière de trends culinaires, les rois du petit sablé ont toujours eu du nez …