Pourquoi on fait du neuf avec les vieux ?

Le Futiloscope est allé au cinéma. En soi, effectivement, pas de quoi fouetter une tendance ! Ce qui l'a surpris, dans l'interminable tunnel de pubs et teasers qui précède le film, c'était l'ambiance Laissez les Vieux vivre ! Exemple ? Dans la dernière campagne Coca-Cola , un octogénaire , Monsieur Hadley, déprime sec à l'Ehpad, les yeux dans les yeux d'un Clown Triste en poster ( un truc qui file objectivement le cafard ) . Comme c'est un Ehpad américain, une aide soignante bien roulée lui tend un Coke. Et là, Monsieur Hadley, hyper ragaillardi, s'évade et découvre qu'il peut encore se marrer dans la vie : il se fait tatouer, monte sur un char de la Gay Pride , roule avec ses nouveaux copains bikers (sans doute rencontrés chez le tatoo artist) , on en passe et d'autres clichetons . Peu importe,  le message est là :  monsieur Hadley est libérééé, délivréééé !

Dans les 5 minutes qui suivent ce shot de rebellion sénile, rebelote : on nous vend la sortie imminente de La Finale, joyeuse comédie à tandem pépé-petit fils, où le second trimballe le premier, un brin gaga évidemment, dans mille aventures que ses sinistres enfants trop sérieux lui interdisent… Message subliminal = f… Alzheimer ! En décembre dernier, vous aviez peut être aussi vu la saynète de Noël des magasins U :  un patron d'hyper au cœur tendre se laisse volontairement enfermer dans son magasin, avec un sympathique vieillard que son méchant fiston ne vient même pas voir ! Grosse Christmas Party dans les rayons, courses de chariot élévateur and co, le papy s'éclate... comme le petit fou qu'il est encore dans sa tête ?

Le croulant qui secoue les chaines de l'ennui et de la dégénérescence puis part en cavale est donc le nouveau totem sympa. C'est assez logique vu l'état de la pyramide des âges dans la vieille Europe : fantasmer que ça va bien se passer, on en a besoin ! Cela fait un moment que les nordiques ont pigé le truc avec Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et autres Gang des Dentiers  impliquant des nonagénaires indignes. Nous, on commence juste à explorer le registre, après avoir commencé par les mamies déjantées, comme les dames hilares qui peuplent les pubs Dolce et Gabanna ou la Super Mamika du photographe Sacha Goldberger. Dans Pour le Réconfort, le film de Vincent Macaigne sorti à l'automne, l'un des héros est d'ailleurs entrepreneur en maisons de retraite. Il construit de jolis pavillons en briques biologiques pour nos "aînés" comme on dit dans les mairies au moment des vœux.  Et il le dit tout net : "L'avenir de la France, c'est la vieillesse"!

Photo Sacha Goldberger