Pourquoi l'italiano vero nous botte ?

Vous adoriez déjà écouter Toto Cutugno, en vacances et au second degré bien sûr ? Eh bien , du second degré, il va vous en falloir une dose supplémentaire pour adopter la tendance "rital-kitsch" que l'été 2018 nous mijote. Démonstration.

Cette assiette garnie de tiramisu  provient-elle : 1) d’un de ces vieux restaurants italiens de Paris, à boiseries surannées et maître d'hôtel  vous servant du «  Signora » et du « Prego ! » ?  2) d’une des néo-trattorias du groupe Big Mamma, devant lesquelles font la queue des hordes de trentenaires à scooter et barbe bien taillée ? Réponse 2 ! Dans ce nouvel empire  food, de jeunes designers anglais ont conçu la déco, mais la vaisselle –fleurie, lourde, chargée- provient de la vénérable maison  Fima Deruta en Ombrie. Habile :  le contenant , semblant sortir de l'armoire de la "nonna ", confére un supplément d’authenticité au contenu. Mais au delà de ça,  il signe aussi le retour de la céramique bien kitsch dont la Botte a le secret .  A la Grande Epicerie, l'huile d'olive  Muraglia est vendue dans des bouteilles en céramique  impression poisson ou tranche napolitaine, et les pasta emballées dans le même esprit rétro .  L'Italie à la sauce nostalgie ?  Visiblement, c'est le plat du jour.

Mais qui a commencé ? Les Dolce & Gabbana bien sûr, qui déclinent depuis quelques saisons   une imagerie  de catalogue d’agence de voyages vintage, rubrique « Splendeurs de la Côte Amalfitaine » ou « Sicile de toujours ». Qui font défiler des veuves et des madones,  raffolent des  imprimés scooters, tours de Pise ou cornet de glaces. Et qui,  cet été, font eux aussi dans la céramique vernissée bariolée, avec leur collection  « Maiolica »,  l’équivalent transalpin des « azulejos ». Hommes, femmes, enfants, sacs,  coques d’Iphone se retrouvent ainsi , façon caméléon, déguisés en fontaine carrelée…ou en magasin de souvenirs ? Le duo a aussi relancé les cache-pots siciliens «têtes de Maures »,  qui font désormais un tabac dans les reportages déco ou sur les blogs de plant-lovers pointus. Quant  aux boutiques De Simone,  la  célèbre  lignée de potiers palermitains influencés par  Picasso et l'art populaire local (pour le meilleur ou le pire, ça dépend ) , elles sont aujourd'hui un must de toute escapade en Sicile, comme goûter les cannoli !

No grazie,  vous faites l’impasse  ? Vérifiez quand même que vous n'avez pas acheté récemment une petite chose couverte de citrons, autre emblème de l'Italie du Sud : pochette, mug, espadrilles ? L’agrume en all over, présent dès 2016 chez  les D&G , a poussé partout depuis, sur les  cabas, les tennis Mr Wonderful pour Bensimon, et tutti quanti. Chez la fast-fashion, Asos en tête, les tops volantés, les jupes taille haute, les robes bustiers, les bikinis "lemon" évoquent l’âge d’or de la Riviera Italienne. Tout comme les cardigans  J.Crew, très « Jackie O à Positano ». Et tandis que la mode nous parle d’une Italie de carte postale, aux terrasses des néo-cantines italiennes , israéliennes ou grecques de Paname, on sirote de la « citronnade maison », boisson symbole de l’art de vivre au bord de la Méditerranée. Pour mieux ne pas regarder ce qui s’y passe aujourd’hui ? Rêver de yachts hollywoodiens plutôt que de bateaux  de migrants ? Sans doute. L’Italie insouciante et retro, c’est  plus rassurant que sa version contemporaine, saisie par le nationalisme et la xénophobie. Quand la vita n’est plus dolce du tout, on se raccroche aux clichés comme on peut.