Pourquoi faut que ça brille ?

Si, comme le Futiloscope, vous éprouvez un plaisir pervers à mater les stories d’instagirls au sortir de leur cours de yoga kundalini, vous aurez sans doute remarqué ce fait troublant … Ces dames exhibent toutes un teint rosé et lustré, la pommette chauffée et un brin luisante, la bouche comme gorgée de sève ! On vous ressort le coup de la « gym skin » , déjà abordée dans un vieux post ? Pas du tout. Ou un tout petit peu, seulement … Car ces créatures, étincelant comme des phares guidant le vulgum pecus dans la nuit de l'obscurantisme, sont bien plus que des girouettes de la tendance . Elles « envoient du glow » , nuance !

C’est quoi, ce « glow, » dont pas un produit de soin ou de maquillage ne nous fait grâce en ce moment ? Born to glow par ici , Glow in Rome par là , sans parler de tous les «illuminateurs» ou «hightlighters» qui promettent un «glam glow» ou un «glow revival» aux plus atteintes … Assez basiquement , le «glow» , c’est l’ «éclat», oui, comme comme dans «Vichy -Celestins, l’ éclat du teint».  Le vocable se révélant effectivement moyennement sexy, on l’a rebaptisé Glow, plus gai, plus neuf, plus djeune ! Etre glowy, c’est être radieuse (on aurait dit solaire, jadis), éclatante de tous les pores de sa petite peau resurfacée par les traitements kératolytiques et boostée aux pigments optiques … Pourquoi vous parler de ce qui, au fond, a tout l’air d’une vaste et maligne OPA sur un désir assez universel, trans-continents et trans-générations ? C’est qu’à l’inverse du Bifidus actif – les ante millenials se souviennent du mythique «ce qu’il fait de bien à l’intérieur se voit à l’extérieur » - cette lumière du teint est de plus en plus souvent censée refléter la lumière intérieure de celle qui l’arbore . Quand une américaine exulte parce qu’un «You Glow !» vient de lui être adressé, ce n’est pas à son dermato qu’elle rend grâce. Mais plutôt au chemin spirituel merveilleux qui l’ a menée à cette radiance éblouissante.

Etre glowy, ce n’est pas juste exhiber une carnation comme nimbée de rayons célestes – si si !- , c’est irradier d’une paix profonde, à laquelle le yoga donc, mais aussi la permaculture sur balcon urbain et la fréquentation assidue de «belles personnes» conduisent visiblement . Les filles qui ont le glow concluent aussi souvent leurs posts Instagram d’un «Love and Shine» émouvant. Ca vous semble ultra cul-cul ? Vous n’avez pas encore le glow, c’est tout. Reprenez un bain de gong à la prochaine nouvelle lune et ça devrait s’arranger… Ce n’est pas un hasard, non plus, si cet été , la newsletter féministe Les Glorieuses a appelé Summer Glow – chouette nom de Terracotta nacrée , au passage !  - sa série estivale sur des figures «inspirante» . Une chanteuse comme Alicia Keys a aussi fait du «glow» son combat , depuis qu’elle refuse de se maquiller pour ne plus masquer ce moi lumineux que les fards étouffaient … Son petit texte manifeste You glow  est un bijou du genre … . GLOW ( pour Gorgeous Ladies of Wrestling ) est aussi le titre d’une série Netflix consacrée à de « lumineuses » - oui ,encore! - catcheuses super girl power dans un monde de brutes machos. Bref, le glow semble devenu une valeur -morale- sûre. Et comme toutes les valeurs qui la ramènent , il gonfle un peu le Futiloscope. On va retourner s’acheter un carnet de papiers matifiants, tiens ! Ca sera notre petit acte de rebellion dans cet océan de glow  ...

Photo : Glow, Netflix