Pourquoi le clog est en vogue ?

Les sabots ? En France, on nous annonce régulièrement leur retour. Mais faute de vrais concurrents de Birkenstock, la prédiction fait flop. Dans les quartiers hype de New York ou L.A, en revanche, on entend leur clang-clang partout. Eté comme hiver, il y en a, des basiques ou des griffés, dans tous les concept-stores, à côté des it-sneakers du jour.  Car aujourd’hui, les petites sœurs de Carrie Bradshaw portent des « status clogs », des sabots de designers parfois aussi sophistiqués que les stilettos de leurs ainées. Certes, récemment, des versions signées Dior ou  Balenciaga ont  réveillé l'envie. Avant cela, de précédentes « ugly shoes » -la Ugg, les Croc’s, la « glove shoe » -leur ont ouvert la voie. Mais l'engouement actuel dépasse le phénomène de mode .

En janvier 2018 , la journaliste Lauren Mechler a raconté dans le New Yorker comment, fraichement licenciée de son job régulier, elle avait filé s’offrir la paire de ses rêves, symbole de son entrée dans le monde des freelances . Un monde précaire, angoissant, mais où on n’est plus forcé de s’habiller « corporate ». Où l'on peut se glisser, à la place,  dans ces souliers friendly, si faciles à faire valser quand on bosse de son canapé, ou à la bibli  du quartier. Tiens, justement : Lauren Mechler a aussi inventé le mot-valise « clogerati », dérivé de « litterati » (la jeune faune urbaine cultivée, qui fréquente les librairies et les salles d’art et d’essai). Et voilà le sabot labellisé intello !

Depuis, sur  #thecloglife,  et autres 'hashtags dédiés,  des centaines d’adeptes ont fait leur coming out. Dans les journaux, interviews d’experts à l’appui, on raccroche  le trend au néo-féminisme  ambiant. Les hommes,  généralement, détestent les sabots. Et décider qu’on s’en fout, quelle libération ! Venu du monde paysan, le clog traduirait aussi la nostalgie d’un mode de vie plus simple, plus proche de la nature, blah blah blah…On préfère la dernière interprétation : il colle à une époque obsédée par le « wellness » et le « self care ». Quand on s’aime à la folie, qu’on se fait du bien partout, tout le temps, pourquoi continuer à se massacrer les orteils ? Tentant?  Pour trouver ceux qu'il vous faut, étudiez la mini- typologie ci-dessous. Vu le nombre d'espaces  de coworking et de studios de yoga qui poussent aussi chez nous, la tendance devrait bientôt traverser l’Atlantique…

Le sabot-bobo

…ou en anglais, "status clog",  est souvent un hybride de mule à talon et de bon vieux clog suédois. C’est celui des riches trentenaires new-yorkaises, qui ont décroché des roof-parties de Manhattan - et donc rangé leurs Manolos- , et pouponnent désormais dans des « brownstones » remplis de plantes vertes et de céramiques, dans les coins les plus bourgeois de Brooklyn. Elles se fournissent chez Rachel Comey (la Isabel Marant locale), Beklina, marque californienne qui cartonne avec ses modèles  en cuir matelassé, ou N°6, boutique-culte spécialisée de Downtown, qui le décline en plein de matières, hauteurs, finitions, fourré, en version botte…Le clou de la collection : le « loafer clog » (ou samocassin ?), avec empiècement de moumoute sur l’empeigne !

Le sabot intello 

Tout simple, assez plat, artisanal et fabriqué à la main, si possible par la même maison depuis des générations, c’est le chéri des  « clogerati », au bugdet plus serré que la catégorie précédente. Il descend en droite ligne de son ancêtre baba-cool des années 70. L’hiver, on le porte avec de grosses chaussettes…ou des guêtres crochetées dénichées sur Etsy ou un marché de « makers ». Les Swedish Hasbeens  ont la cote, mais aussi Toernstrop ou Sandgrens, d'autres  suédois,  encore inconnus chez nous. Ou encore Sven, une marque du Minnesota, pour son choix incroyable et son côté « made in USA ».

Le sabot de hipster

Unisexe, avec sa coque vernissée et sa semelle imitation bois, le sabot Dansko (fabriqué en Pennsylvanie, comme son nom ne l’indique pas) a longtemps chaussé exclusivement  les infirmières, les brancardiers ou les masseurs : c’est un peu l’équivalent des  Scholl ! Ensuite, ce champion du confort a séduit les néo-artisans au métier  salissant : céramiste, fleuriste, vendeur de plantes…Dans la foulée, cet archétype de   « ugly shoe »  est devenu  la  tocade des  hipsters : graphistes, étudiants en écoles d'art, employés de galeries , modeuses, vendeuses de friperies, jeunes filles adeptes du no make up, Contrairement aux vouzemoi, qui pourrions à la rigueur  craquer sur le noir ou le bordeaux, ils ont leur couleur de prédilection : le blanc . La plus clownesque et maximaliste  ? Justement !