Pourquoi la polaire, c'est chaud ?

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La polaire est un genre de "cold case" mode … Du moins, c’est que le Futiloscope pensait jusqu’à une période récente.  Jusqu’ à ce qu’il constate, par exemple, que les jeunes gens qui en portaient sans doute une à la maternelle - de préférence siglée Gap, avec un jean élastiqué à la taille, un truc de datation plus précis que le carbone !– renouent fièrement avec cette pratique discutable. Le tout, et c’est là que c’est troublant, par parti pris esthétique pur ! On ne caille pas tant que ça, en effet, dans les espaces de coworking ... Un petit voyage au Japon, en décembre, l’a encore convaincu davantage de l’importance capitale du phénomène : tous les hipsters du cru, vers Shimotikazawa notamment, paradaient en  "fleece jackets", zippées fluo ici ou là.  Ou, pour les plus timorées des filles, en blouson duveteux entièrement synthétique , à manches un brin gigot, comme ce mythique modèle Uniqlo pompé partout. C’est un best seller absolu de l’hiver là-bas, les parisiennes en ont vu passer  quelques-uns,  vite partis,  mais rien à voir avec  l’invasion tokyoite !  Le Futiloscope Paris fait partie des élus  – il a eu le nez creux !-  et il n’a jamais eu de vêtement qui suscite à ce point l’intérêt des moins de 25 ans dans la rue « . "Vous l‘avez eu où ?" demandent sans arrêt poliment des jeunes filles en godillots et bonnet au ras des sourcils …

Que s’est -il passé ? Comment la polaire, une pièce de vestiaire si évocatrice du pire des années 90, a-t-elle repris ainsi du poil de la tendance ?  Et pourquoi les cols blancs digitaux tiennent -ils tant que ça à se costumer en  campeur néerlandais  ou en retraité Quechua ? Le coupable a un nom, évidemment fabriqué par le New York Times dès mai 2017 – ça devient une habitude- : c’est le "Gorpcore". L’étymologie de ce petit nom charmant est un peu confuse pour les européens  : une variation sur le normcore – le musée des horreurs et de l’ultra normalité parodique précédent ! -  qui remplacerait donc le "norm" par un "gorp" , mot désignant apparemment les en-cas de fruits secs pour randonneur…  Le message, lui, est clair : il s’agit d’arborer en ville tous les attributs du grand air, et du grand air un peu hostile, genre trek en Laponie hivernale ...

Vous avez sans doute remarqué vous-même sur les trottoirs du Village Saint Martin ou de Silicon Sentier, une prolifération de parkas North Face, de sacs à dos hyper techniques avec filet et mousquetons  - les Normcore préféraient la banane de rando, c'est la suite- et de Timberland flambant neuves que la rudesse des conditions de vie locales ne justifient pas tout à fait. A New York, c’est un peu plus légitime l’hiver, mais bon, pas tant que ça non plus … Il s’agirait plutôt pour ces jeunes urbains rivés à leur écran de retrouver un peu de leur homme des bois intérieur, noyé sous le latte au curcuma et enseveli sous les avocado toasts. La femme des bois fantasmée est un peu plus rare mais elle existe aussi. Le Futiloscope est tombé de la dernière pluie -le Kway fait partie du truc, d'ailleurs- et ressasse une tendance qui, horreur, a plus d’un an ?   Pas du tout … Il en parlait déjà en Juin 2016 , sous le titre "Pourquoi les garçons des villes se prennent pour Davy Crockett?" .   Mais voir la polaire envahir massivement les torses juvéniles, certes via les rayons d’ Urban Oufitters plutôt  que ceux de GO sport, ÇA, même dans ses cauchemars les plus fous, il n’aurait pas imaginé !  Quant à finir par trouver ça chouette sur lui-même ? On n’en parle pas….

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