Pourquoi on marche sur les mains ?

Le Futiloscope ne se rappelle plus quand il a croisé pour la première fois un intrigant « moule de gantier » dans une boutique de déco  (il a bien fait de ne pas l'acheter, il y en a partout ! ). Ni celle où, face à une main porte-bijoux vraiment kitsch, au dépôt-vente, il s’est dit : «Mmm… pourquoi pas ?».  Un autre truc qui a fait tilt ? L'affaire Lou Doillon, fin 2017. Quand  Vogue nous a appris que « cette artiste plurielle, qui fascine par son mystère et son magnétisme …» adorait dessiner des mains, rien que des mains. Depuis, Astier de Villate a transformé son carnet de croquis en ravissant livre cadeau, puis édité pas moins de 17 (!) mugs  qui en sont inspirés. Sur son Insta SubwayHands, la photographe Hannah La Follette Ryan ne poste aussi que de (magnifiques) mains, capturées dans le métro new-yorkais. Des vieilles, des jeunes, des manucurées, des crispées, de toutes les couleurs…Car la main, voyez-vous, c’est ce qui fait de nous des humains, tous différents, tous fascinants, blablablah… (non, on déconne, il n’ y a rien d’écrit, mais c’est sous-entendu). Nos amis les céramistes, qui se sont aussi emparés de ce motif –d’où une offre dingue de vases , coupelles et cache-pots, déjà copiés par la grande distrib’ - sont parfois plus diserts.  La Britannique Julie Nelson entend , via sa série « Hands », célébrer « un organe souvent négligé : la main, qui nous sert communiquer, caresser, réparer , mesurer (…) , fabriquer et interagir avec nos semblables . La paume et les empreintes digitales, qui cartographient notre identité singulière».  Eh oui :  en ce moment, la main a souvent la grosse tête. Elle  s’inspire de la statuaire antique. Elle s’invite dans l’architecture contemporaine, via ce spectaculaire nouveau pont au Vietnam, qui semble reposer dans une paume géante (la main de Dieu ? Comme dans la Chapelle Sixtine ? Ouh là ! ). Peu importe : profane ou divine, la main est une valeur sûre en ces temps incertains où planent sur nous de gros nuages baptisés « Big Data »,   « robots », « réalité virtuelle », « intelligence artificielle » … Et où l’on est, par contrecoup, fasciné par le « fait main », les savoir-faire ancestraux  et les néo-artisans, tous sujets dont Le Futiloscope  vous a déjà amplement rebattu les oreilles. Un peu reulou, la main, comme tendance ?  Mais non, dans le tas, il y en a aussi plein qui font des blagues ! La preuve ci-dessous.

La main qui fout les jetons

Vous vous souvenez des chandeliers-mains , flottant dans l'air dans La Belle et la Bête de Cocteau ?  Ils ont plein de descendants ! La série « Reality » du céramiste Harry Allen  (Areaware) comprend une paume tendue-étagère, un poing brandissant un mini-vase, une patère  aux doigts écartelés, le tout modelé  sur sa propre main, et surgissant du mur  dans la grande tradition du film de morts-vivants !

Série « Reality » du céramiste Harry Allen

Astier de Villatte -encore - vient de sortir une boite en forme de mains retenant prisonnières un oisillon , et le porte-encens assorti , d’une élégante blancheur cadavérique, mais ornés de bijoux colorés, façon noyée repêchée dans la Seine. Quant à l'agence de design  DOIY, elle vient d'ajouter une main à sa collection « Organs » , qui comptait déjà un œil écarquillé et …un cœur éviscéré. Comme dans les « cabinet de curiosités » dont la déco, enfin lassée du minimalisme scandinave , raffole actuellement . Creepy ou poétique ? Les deux !

Astier de Villatte, boite en forme de mains retenant prisonnières un oisillon

La main qui fait du bien

Format vide-poche , dans les concept-stores de Brooklyn, elle accueille, évidemment, un bouquet de sauge à fumiger, ou des cristaux qui soignent tout !  Chez Maha Rose , centre de "healing" très couru, on vend aussi des mini-coussins « main » en soie, garnis d’herbes apaisantes : une référence au reiki, thérapie-phare de la maison, à base d’affleurements très doux.

Maha Rose, mini-coussins « main » en soie, garnis d’herbes apaisantes

Dans une époque obsédée de "wellness", pas étonnant que l’organe qui touche, masse, soigne et cajole ait soudain la vedette. Pour les plus atteints , Wiener Times a sorti un doudou-main géant (2, 20 m de long ), entre les gros doigts boudinés duquel il fait bon se lover . Et dans ce  grand chaudron new age, où tout se mélange allègrement, on versera aussi  tous les "charms" , bijoux de mur ou bijoux tout court. Mais cette main là, on la connaît déjà : c'est la copine de notre vieil ami l'œil, qui continue parfois à s'incruster dans sa paume. Une tendance ne chasse pas forcément l'autre…

Great Lakes Goods

La main qui dit des trucs

Celle-là , stylisée façon cartoon ou émoji , s’exprime en néo-langue des signes  héritée à la fois de la culture hip hop et du langage smartphone. Elle reprend toute cette gestuelle codée  que nos ados maitrisent à merveille. Elle dit quoi ? Euh … Rien de bien plus passionnant que son ancêtre, l'enseigne qui indiquait "les toilettes c'est par là" . « Salut », « I love you » ( deux mains formant un cœur) ,« C'est cool » ou « Peace, man… » (un V, comme dans le temps) . Mais elle le dit gaiement , et pour pas cher, dans un "dorm" d'étudiant. L'offre actuelle (pin’s,  patères, B.O , porte-photos , papeterie, gadgets divers … ), est d'ailleurs clairement destinée aux générations Y et Z.

Patères UMBRA
Patères UMBRA

La variante militante de la main ? C'est le poing ! Ce « solidarity fist », décliné en set de vases « Girl Power » , c'est-t-y pas mignon ?

DOIY
DOIY