Pourquoi le ciné-club repointe sa bobine ?

Ah, le ciné-club… Pour certains d’entre nous - pas des perdreaux de l’année , soyons clairs !- , il évoque irrésistiblement l’une des stars intellos du lycée à veste de velours, présentant un film soviétique à un public de filles énamourées . Ou , plus sûrement, la voix haletante de Claude-Jean Philippe et le générique obsédant du « Cinéma de Minuit » , à la télévision le dimanche soir, quelque part dans les années 80 . …

Même si l’on apprend avec stupéfaction que l’émission existe toujours sur France 3, et si l’on sait bien qu’il y a des chaînes dédiées sur le câble , le concept de regarder des « vieux » films était pourtant un peu sorti de nos vies. Tué notamment par la tolérance très faible de la jeune génération, bramant invariablement lors de nos tentatives d’éducation des masses par le DVD : « Ah naaan, pas encore un truc tout pourri en noir et blanc ! » …

Depuis peu, il semble cependant que le vent tourne un brin . Il y a l’ouverture , dans le quartier des Gobelins , des « Fauvettes  » , salle grand public consacrée par Gaumont, sur le site d’un cinéma de quartier mythique, aux versions restaurées de chefs d’œuvre . Début février, le cycle « Toute la mémoire du monde » y avait de vrais airs de néo-Cinémathèque – la sélection mais aussi les « présentations « par des cinéphiles !- , même si le fantôme d’ Antoine Doisnel n’ y a apparemment pas été vu. Il y aussi tous ces sites récents qui font revivre virtuellement le garçon cultivé en velours côtelé évoqué plus haut. En beaucoup plus sexy ! Sur lecinemaclub.com, « a curated and free online cinema » - c’est « curated », mot clé du moment , qui compte !- , on pioche dans des listes de classiques concoctées par Wes Anderson et pléthore d’autres réalisateurs , comme Bertrand Bonello. So chic. Sur lacinetek.com, Doillon, Costa Gavras , et beaucoup d’autres tout aussi fameux, qui livrent leur Top 10 perso de films- culte. So chic bis. Sur mubi.com, enfin, on rejoint une communauté internationale de fans de ciné qui propose tous les jours un choix de 30 films d’auteurs, le plus ancien de la liste étant remplacé chaque matin par un nouveau, inventant ainsi le « home-festival » permanent. Toutes les œuvres présentées y sont pour une fois traitées avec respect, sans que le générique , le nom du réalisateur et autres détails insignifiants y soient sabrés, comme sur Netflix ( entre autres ). D’autres initiatives, IRL ou sur le net, nous auront bien sûr échappé …

En tout cas, le ciné-club à la papa, revampé par les nouvelles technos et la touche collaborative de rigueur , semble redevenu un loisir hautement fréquentable. Si ce n’est pas enfin une vraie bonne nouvelle !