Pourquoi on va fumer le bouquet garni ?

Ils sont trop chou, ces fagotins de sauge entortillés de ficelle de coton ! Ils viennent du Farmer’s Market ? C’est pour la saltimbocca ou le poulet farci ? Pas du tout. A New York, on en croise, par brassées, dans les concept-stores de déco comme Love Adorned ou Oroboro. C’est pour parfumer les tiroirs, alors ? Non plus. Ces exquis petits cadeaux de dîner (et leurs variantes à base de cèdre, armoise, romarin…) sont en fait destinés à partir en fumée. En jargon d’initié, ça s’appelle des  smudge sticks  (bâtons de fumigation). Et ça permet d’accomplir chez soi un « rituel ancestral de purification », couramment pratiqué par les tribus Amérindiennes.

Mode d’emploi ? Allumer le stick -posé dans une coupelle – puis, façon enfant de chœur avec son encensoir, le promener en dispersant la fumée aromatique dans toute la maison. Penser à débrancher l’alarme incendie. Et à ouvrir une fenêtre, pour que les « bad vibes » et autres poltergeists puissent s’échapper. Le  smudging  est recommandé quand on emménage (au cas où le proprio aurait omis de vous signaler un crime de sang ?). Mais aussi en cas d’angoisses, de chat caractériel ou d’engueulades à répétition dans les lieux. On peut aussi s’entourer soi-même de volutes, et psalmodier des « prières »: le process est détaillé, on s’en doute, sur moult sites dédiés.

C’est clair : il y a du chamanisme dans l’air ! Et pas seulement à l’expo « Chamanes et divinités de l’Equateur Précolombien » du Musée du Quai Branly. A New York, les cérémonies ayahuasca (breuvage hallucinogène amazonien, administré en présence d’un gourou) sortent de l'ombre . Là-bas comme ici, on accroche des dreamcatchers partout. Et maintenant, avec la fumigation en appartement, le folklore new-age gagne encore du terrain. Les herbes à brûler ou le Palo Santo (bois sacré péruvien, même utilisation), ça se dénichait jadis sur d’obscures e-officines (comme Shamane’s Market) ou dans les échoppes de vaudou. Aujourd’hui, on les glisse dans son caddie au supermarché bio avec les chips de kale. Ou bien on les confectionne soi–même, avec des herbes du jardin et de la ficelle à rôti. Sur les blogs de filles stylées, les  smudge sticks  sont LE do-it-yourself du moment. Parce qu’ils correspondent à une incroyable « nouvelle quête de spiritualité » ? Ou juste parce que les bougies parfumées font trop petit joueur ?