Pourquoi dormir est à la mode ?

Réveillez-vous ! L’heure est grave. On ne dort plus assez ! Les jeunes n’ont plus le temps : une fois couchés, ils matent d’abord Game of Thrones, puis chattent ou jouent en ligne avec leurs potes. Les vieux s’en tirent à peine mieux. Vers 23 h, au lieu de piquer du nez sur sur un roman, ils répondent aux sms de leur boss ou s’accrochent à leurs tablettes. Notre addiction aux nouvelles technologies nous aurait fait perdre une heure de sommeil en 10 ans. Et les Américains sont déjà tellement épuisés que, chez eux, la « reconquête » du sommeil est la nouvelle cause en vogue. Avec, dans le rôle de la pasionaria, Arianna Huffington, la fondatrice du Huffington Post, victime un jour d’un burnout carabiné. Dans The Sleep Revolution, elle martèle désormais que dormir tout son saoul est la clé du succès ! Sponsorisé par des marques de literie, son #Sleep Revolution College Tour sillonne les campus Américains, pour tenter de convaincre les étudiants que se coucher tard nuit. Bon courage !

La qualité de nos nuits intéresse beaucoup de gens ces temps-ci. Les cures « forme et sommeil » font le plein. Les applis de méditation dédiées pullulent. Ambient Sleeping Pill, la web radio préférée des insomniaques, ne diffuse que de la musique soporifique. En France, plusieurs start-up ont investi ce créneau avec des gadgets connectés. Comme HugOne, qui régule l’atmosphère de la chambre, et réveille le dormeur pile à la fin d’un cycle de sommeil ; ou Dodow, qui projette un faisceau bleu mouvant au plafond, lequel vous aide à caler votre respiration en mode « dodo », tel un yogi surentrainé ! La marque californienne Lunya, elle, vient de sortir le « pyjama qui fait dormir », grâce à sa fibre high-tech qui amène le corps à température idéale. Si la vente de somnifères ne chute pas avec tout ça …

Fini le temps où les « décideurs » se vantaient de dormir 4 heures par nuit. Et où gros dormeur rimait avec loser. Aujourd’hui, en interview, les jeunes entrepreneuses adorent détailler leur « bedtime routine ». Mais au fond, c’est toujours la même histoire. Dormir pour réussir ? Rien de nouveau sous la lune. Dans Le capitalisme à l’assaut du sommeil (2014), le philosophe Jonathan Crary est bien plus subversif. Pour lui, à notre époque si avide et pressée, ce temps volé au boulot et à la consommation effrénés est le seul qu’on ne peut pas (encore) rentabiliser. Dormir pour résister ? Comme Alexandre le Bienheureux ? Dès ce soir, on s’y met !

Photo: BeContemporary