Pourquoi les brunes (bouclées) ne comptent plus pour des prunes ?

Il y a des indices qui ne trompent pas! Un fer à lisser qui prend la poussière dans la salle de bains après des années de loyaux services ... Sa propriétaire qui réclame  des tresses avant son coucher, dans l'espoir fou d'onduler au réveil ... Et surtout, dans les rayons des grandes surfaces, une avalanche de sprays " Boucles Rebondies", " Sublim'Boucles", " Boucle-la " ou " Hot and Boucle" tout à fait décoiffants, quand on a connu la tyrannie du cheveu baguette !

Point n'est besoin d'être prophète chez L'Oréal  pour comprendre que le règne des Gossip Girls brushées, triomphantes ces 10 dernières années, touche apparemment à sa fin chez les ados occidentales.  Ce revirement troublant s'accompagne d'une autre révolution : les cheveux à la mode, en plus d' être libres et frisottés, ont à nouveau le droit d'être bruns, une aspiration que l'on  n'avait pas perçue non plus depuis belle lurette. Sur le site d'Asos, comme faire -valoir sur l'onglet "short" , la mijaurée  blonde  naguère dominante  se fait sévèrement damer le pion par la brunette échevelée. Le top model argentin Mica Arganaraz, promenant sa crinière de jais frisée sur 90 %  des campagnes du moment, ou la petite nouvelle Alanna Arrington, qui a peu ou prou la coupe de Bébé dans Dirty Dancing, sont les nouvelles chouchoutes de la planète mode . Et encore leur notoriété n'est-elle rien,  à côté de celle de la chanteuse Selena Gomez , plus de 83 millions de followers et une superbe chevelure "wavy" de latina.

On pourrait évidemment gloser fièrement sur la sympathique aspiration au métissage que révèle ce  fantasme du brun sauvage. Il serait assez valorisant  d'y voir  la version  blanche du droit au cheveu naturel,  revendiqué par les féministes afro-américaines ou l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, auteur du formidable Americanah. On pourrait plus humblement y déceler l' effet libérateur de la fameuse "effortless" attitude, soi-disant si française, qui permet de secouer enfin le joug de la domestication capillaire. Hélas, on apprend que la "permanente" à bigoudis fait son grand  retour dans les salons de coiffure qui ne sont pas exclusivement fréquentés par les plus de 70 ans .  La "minivague" qui frise les raides  battrait à nouveau les rivages de la tendance. Il n' y a donc pas de quoi pavoiser : c'est juste que la contrainte a une nouvelle fois changé de camp.  Et que c'est au tour des blondes à poil lisse de trinquer...

Photo :  campagne H&M, printemps 2016