Pourquoi on porte son prénom sur les fesses (ou ailleurs) ?

Jadis, afficher son identité sur ses effets était le comble de la vulgarité. Les gourmettes flanquées d’un triomphal Maurice faisaient vite mac. Et l’on se souvient qu’un Premier Ministre français fut charrié pour son collier "Edith" . Quant aux initiales, appréciées sur le linge de maison ou les malles, elles n'étaient pas conseillées du tout sur une poche de chemise masculine ou une chevalière...

Cette discrétion louable n’est plus de mise. Tout a commencé par les sacs, il y a 4 ou 5 ans. Les malletiers les moins suspects, comme Goyard, se sont mis à encourager leurs clientes à transgresser la règle de l'anonymat chic. Cet  "ACDC" , comme peint au pochoir, sur  le cabas iconique de la maison, le  Saint Louis ?  Une collab ‘ improbable avec un groupe de hard rock ? Non, tout simplement le "chiffre" fièrement revendiqué d’Anne-Charlotte Dodue de la Croupe, saisie par le virus de la "personnalisation'…

L’épidémie, cantonnée un moment au secteur de la maroquinerie, s’est depuis répandue . Elle touche, cette saison, nos humbles compagnons textiles. On ne compte plus les marques de vêtements qui proposent à leurs fidèles d’apposer leur monogramme ici ou là , comme petit cadeau. Une brodeuse s’activait ainsi , au premier anniversaire de la boutique Inès de la Fressange , le 28 mai dernier. Chez Lacoste, pour la Fête des Pères, on pouvait aussi faire accoler, sur la hanche ou l'épaule du polo choisi, celui de son papa.

Mais les plus déchaînés en ce domaine sont encore les «  jeaneurs » qui , tous, y vont de leur proposition de "customisation" narcissique. Levis et sa "Taylor Shop", Pepe Jeans et son "Custom Studio" , Notify et son "Atelier" du Bon Marché permettent, entre autres facéties, d’arborer son petit nom en lettres de fil, de strass ou de clous, sur la poche arrière de son denim favori . Vanessa Seward le propose aussi sur son "Alabama", devenu culte. La démarche est amusante qui consiste à réinjecter de la différence dans le produit le plus universel qui soit : les jeans. Ou à renouer avec les plaisirs régressifs du primaire, quand on aime marquer au Tipex son Eastpack . Elle consacre en tout cas  l’avènement de sa Majesté Moi , qui ne craint pas, cette fois, d’afficher son blason jusque sur ses fesses. En ce sens , les petites culottes Henriette H, qui suggèrent de porter le prénom de son chéri sur ses dessous , constituent une variante troublante….

Photo Henriette H