Pourquoi on se pique de céramique ?

Qu’apporter à ses hôtes quand est invité en weekend ? Cet été, une seule option : une céramique artisanale. Un vase bizarroïde à pustules (de préférence garni de fleurs séchées); un bol irrégulier à coulures émaillées ; des gobelets japonisants pour siroter du cold brew. Ou un austère pichet texturé pour servir l’eau de concombre… Aucun risque de doublon –c’est fait main en micro-séries -ni de fausse note : ça ne va avec rien, donc ça va avec tout !

Et surtout, la céramique, des deux côtés de l’Atlantique, c’est si chic! Les très snob revues Kinfolk ou Milk Decoration nous emmènent visiter des ateliers de néo-artisans, posant devant leur tour, en tablier tâché d’argile. Outre-Manche, la BBC a diffusé le Great Pottery Throwdown, une « battle » de télé-réalité entre potiers, façon Top Chef ! A Paris, on s’est pressés à l’exposition Ceramix à la Maison Rouge. Et le duo Astier de Villate, qui fait fabriquer toute sa vaisselle dans le 13ème arrondissement par d'habiles tibétains, est devenu cultissime. A New York, le gratin des créateurs de mode collabore régulièrement avec des stars de la poterie. Les concepts-stores comme Oroboro ou Open Ceremony exposent des mugs et des coupelles au milieu des souliers et des habits. Tous les restaus branchés passent aussi commande à des artisans locaux.  Même Muji, le roi des basiques anonymes, vient de lancer une ligne de pièces signées dans son flagship de la 5ème Avenue. Des céramistes, venus exprès du Japon, ont papoté pendant trois jours en boutique avec les clients. Histoire de rappeler qui sont les vrais pros du genre…

On voit bien ce que cette nouvelle tendance nous susurre. Craquez pour une pièce unique façonnée selon des techniques millénaires. Luttez contre la standardisation, avec ces objets à la beauté imparfaite, si émouvants avec leurs cicatrices, leurs accidents…Le Vogue US les qualifiait dernièrement d’ «antidotes aux gadgets électroniques ». Le New York Times, lui, parle de suite logique du « farm to table mouvement » : après l’origine de notre kale, on veut savoir qui a conçu nos assiettes. Tout cela est séduisant. Mais déjà largement récupéré, bien sûr. De jolies pièces faussement artisanales (comme ce modèle House Doctor à 8€), il y en a aujourd’hui plein les boutiques de l’Est parisien, entre cactus et flamants roses. Même les cache-pots du fleuriste ou d’AM-PM n' imitent pas si mal le fait main  ! Ces copies vous hérissent ? Inscrivez-vous à un cours du soir ! A New York, c’est déjà un peu tard : tous les « ceramic studios » ont des mois de liste d’attente…

Photo: céramiques Natalie Weinberger