Pourquoi c'est tous les jours Carnaval ?

Si vous avez récemment fait un tour dans votre Sephora préféré, vous avez du repérer l’offre hallucinante de « sheet masks », ces découpes de papier ou tissu imprégnés d’actifs, dans leurs packagings colorés, que l'on vous propose de rafler en masse dans  des pochettes " Mix & Masques".  La technologie nous vient bien sûr de Corée.  Là-bas, des boutiques sont dédiées à ce micro-segment, avec des sheet masks à tête de lion ou de panda, à la bave d’escargot, à la patate, mais aussi des patches spécialisés pour le contour des yeux, des lèvres, le nez, le cou…Dernier arrivage en provenance du pays de la beauté zarbi : le « bubble mask » détoxifiant, dont la texture se modifie au contact de l’air. Celui d’Elizevacca, à l’argile et au charbon actif, est best-seller sur la page The Face Shop d’Amazon.  Efficace ? Plutôt. Mais, euh…comment dire ? Le visage se couvre d’une mousse grisâtre et irrégulière, avec des bulles qui éclatent à la surface façon cratère en fusion.  Ou Les yeux sans visage meets Elephant Man. Un film gore. Comme la Corée en raffole aussi.

Un rituel à accomplir en toute discrétion ? Pensez-vous ! Les moins de trente ans adorent poster des selfies horrifiques en pleine action sur #facemask, #bubblemask ou même… # mondaytofridaymasking. Car les plus accros, à l’instar des Coréennes, s’en offrent au moins un par jour. C’est le « bingemasking », activité d’ailleurs souvent corrélée au « bingewatching » de séries sur Netflix. Le soir, on pose un masque repulpant pour la nuit, et au réveil, on applique un autre cataplasme comme base de maquillage. On enchaine un masque hydratant sur son masque purifiant.  Ou encore, la zone T n’ayant pas les mêmes besoins que le reste, on en applique plusieurs simultanément. Là encore, le #multimasking et ses décorations tribales cartonnent sur Instagram. Il manque juste un petit nom charmant pour cette nouvelle pratique lancée par une bloggeuse beauté : après une épilation maillot, détourner un sheet mask apaisant de son usage premier …Fallait y penser.

Toute cette effervescence laisse un peu songeur. Est-ce l’ultramoderne solitude des millenials dans leur studio en ville ? L’ennui des lycéennes bouclées à la maison les soirs de semaine ? Ils ont certes lancé la tendance, mais aujourd’hui, les marques rivalisent pour séduire une clientèle plus âgée (et occupée), avec des splash-masques qu’on applique façon grandes claques d’après-rasage, des masques en roll-on , des « boosters » de masque… Sephora a même sorti un kit de «  multimasking pour les nuls », avec trois mini-pots ludiques et un autre, " Mask Party", spécial  " Big Night Out" .. N’en jetez plus. En attendant que ça se calme, on va finir ce gros tube d’argile verte acheté au Biocoop en format familial…

Photo: Le Futiloscope