Pourquoi on va pouvoir jeter nos guides de voyage ?

Un métier d’avenir à conseiller à un jeune attiré par le tourisme ? « Directeur de l’Inspiration » pour hôtels de luxe. C’est le job que vient de décrocher Peter Jon Lindberg, journaliste vedette de Travel & Leisure, chez Conrad Hotels & Resorts. Son boulot consistera notamment à « curater » des expériences « immersives » pour les clients de la chaîne. Exemples ? A Tokyo, confectionner des soba avec les ménagères dans un atelier planqué ; à Istanbul, regarder le foot avec des supporters moustachus au bar du marché aux poissons. L’idée étant de communier avec les locaux…même en langage des signes. De se sentir partout un « insider », un initié. Et non pas un plouc de touriste rivé à son Cartoville.

Depuis un moment déjà, les boutique-hôtels pointus font concurrence aux éditeurs spécialisés. A New York, pour savoir tout ce qui bouge à Chelsea ou dans l'East Village, on consulte le blog de l’Americano ou du Standard. Les sites des Ace Hotels –vrais QG de hipsters - valent aussi tous les city-guides. Chez nous, même les palaces s’y mettent. Le Shangri-La a concocté pour ses hôtes la brochure Dix Parcours Parisiens. En guise d’« adresses secrètes », rien de bouleversifiant (le 16ème méconnu, les Puces de Saint-Ouen…), n’empêche : voilà l’hôtel 5 étoiles, qui ne jurait que par son concierge omniscient, saisi aussi par le démon du « curating ». Le site du Peninsula, sur l’onglet Notre Paris, tâtonne encore côté conseils en bars branchés : « Glass est situé à côté d’un sex shop, dans le très osé mais très tendance Pigalle, connu pour son choix éclectique de bars et de restaurants mal famés » (!).

Le nouvel Hotel Pigalle, justement, a fait encore plus fort. En se baptisant « hôtel de quartier ». Et en faisant défiler tout le voisinage sur son site : le libraire (qui a rempli la bibliothèque), le collectionneur de vinyles (qui a conçu la playlist), le livreur de croissants, le kiosquier, l’étudiante en histoire de l’art (qui fait aussi du pole dance à ses heures, ahah)… Et même le retoucheur ou le kebabman, au cas où vous montiez à la capitale pour faire un ourlet ou manger un grec !

On reçoit 5 sur 5 le message de ces sympathiques hôteliers. Mais non, vous n’êtes pas des touristes. A peine des clients. Mais quasiment des potes, la preuve, on vous présente les nôtres. Et on vous donne toutes les clés du quartier. Comme ces Londoniens avec qui vous avez échangé votre trois-pièces l’an dernier. Ou les super topos personnalisés d’AirBnB. Eh oui : à force de nous voir filer sur les sites de location ou d’échange entre particuliers, les pros de l’hôtellerie ont mitonné leur riposte. Pas bête. Mais restent quand même certains plaisirs « so AirBnB »  : tester tous les condiments bizarres du frigo ou fouiner dans la garde-robe de ses hôtes, à l’hôtel, c’est compliqué…

Visuel: Le Futiloscope