Pourquoi on va rentrer à plat ?

Après avoir trotté tout l’été en Teva à scratch ou en sandalettes à pompons, dur de se ré-emprisonner les petons dans de vraies chaussures ! Consolez vous : ils vont s’ébattre à l’aise dans les « it shoes » de l’automne. Sur les blogs ou dans les magazines, les talons sont les grands absents de la rentrée.  A la place,  on enfile des néo Doc Martens chez Chanel ou Louis  Vuitton, les vraies s'offrant  d'ailleurs un lifting (les "Lite",  beaucoup plus légères, donc ) pour séduire encore plus. Les derbies et les croquenots à semelle crantée sont légion chez Marni. Chez Zara ou Asos & co, l'offre se débride carrément ! Brodées, patchées, imprimées,  les low-boots en voient de toutes les couleurs. Comme les loafers, slippers, slip-ons et autres brogues, bicolores, bi-matières, perforés, métallisés… Quant à ces nouveaux hybrides de mocassins et de babouches (les "mamouches" ?), en voilà des super « fancy flats » , des chaussures plates qui ont de l’allure ( surtout avec de la fourrure dedans, un tic qui s'installe)...

Une énième redif’ de « Godillot, le retour » ? Pas sûr. Chez les Anglo-saxons, le « heel bashing » (la polémique anti-talons, surtout imposés au travail) fait rage. Au printemps, une serveuse anglaise a posté sur Facebook une photo de ses orteils ensanglantés après une journée , contre son gré, en escarpins . Résultat : 100 000 signatures de soutien en 48 h ! Aujourd’hui, les célébrités qui raccrochent les talons sont légion. Même Victoria Beckham ! Et même Barbie (certains modèles ont depuis peu des pieds "normaux"). Joan Didion ou Diana Vreeland, figures avant-gardistes, ont toujours porté des « flats », s’extasie la presse fashion. Changement d’époque : le stiletto glamour est aujourd’hui ringard. Comme les héroïnes de Sex & The City. On leur préfère le quatuor de Girls, avec leurs fringues de friperie et leurs démarches de camionneuses. Lena Dunham se vautre régulièrement en public dès qu’elle enfile des sandales de dame ? Elle s’en fiche.

Pour les vouzémoi, le débat a déjà eu un avantage : une flopée de designers ne crée plus que des chaussures plates, raffinées mais ultra-confortables. A New York, la nouvelle marque Alumnae fait le buzz avec ses « mamouches » très chic. En France, Maison Jour Férié ou les slippers Chatelles (leur credo : « Non à la dictature des talons et à la banalité des ballerines !») cartonnent sur le créneau du « flat but chic ». Sale temps pour Christian Louboutin, notre maitre es-talon ? Pas vraiment : chez nous, ces bisbilles de hauteur de souliers n’enflamment jamais les foules. Aux Etats-Unis, en revanche, on ne sait jamais comment ça peut tourner : lynchage de Manolo Blahnik ? Autodafés d’escarpins ? Le stilletto épinglé « nouvelle cigarette » ?  On rigole, bien sûr. Mais pas tant que ça…

Photo : ayr.com