Pourquoi Paris sent bon ?

Tous ceux qui n'ont pu humer, depuis la rentrée, que les émanations toxiques des nouveaux embouteillages parisiens à la mode penseront sans doute que l'on délire. Ils  se laissent égarer par leur hostilité partisane à Madame Hidalgo ! Paname ne pue pas du tout et exhale au contraire des senteurs raffinées ... C'est du moins ce que laissent penser toutes ces jeunes maisons qui tentent de fixer l'essence de la Ville Lumière, celle qui, cette fois, ne pollue pas. Les Bougies La Note Parisienne, par exemple, attribuent à chaque arrondissement son sillage : pour le 6ème, c'est "Porcelaine et Cognac" et pour le 18ème " Poivron-Harissa" !  Les habitants apprécieront le raccourci  ... Et les autres ( 12 arrondissements sont pourvus) iront voir à quel univers olfactif  plus ou moins classe ils peuvent prétendre. La Mairie de Paris -encore elle-  y va aussi de sa mise en cire évocatrice : dans son concept store - eh oui !- , on peut par exemple  acheter du "Canal Saint  Martin"  ( fleurs, fruits et vanille , soit )  ou de la "Place des Victoires" ( chypré et floral, bon)  en photophore (8 quartiers  au programme) . Tout cela est bien sûr un peu piqué à Astier de Villate . Depuis un moment déjà, les intérieurs bourgeois  s’enflamment  pour "Tournelle" ou "Palais de Tokyo", ses deux senteurs-cultes d'obédience "Ca, c'est Paris!". Chez  Kerzon, autre récent arrivé sur ce créneau très rétro-parigot, on nous engage à glisser dans nos culottes ou nos chaussettes des pochettes parfumées, arôme "Jardin du Luxembourg" (Lilas et miel, on voit bien) ou "Ile Saint Louis" (Vétiver et Patchouli, on voit moins), nettement plus chic qu'un coup de Febreze dans les placards. A moins que l'on ne préfère pschitter un peu  de "Parc Monceau" ou de "Buttes Chaumont" sur son oreiller, les soirs d'exil au Sofitel de Strasbourg ou de New York, sans doute...

Bien sûr, toutes ces petites madeleines odoriférantes partent d'une idée plutôt poétique. Paris est une fête et on peut en capturer des instantanés à sniffer, que l'on soit un local  ou un touriste un peu raffiné ( et lassé des macarons Ladurée, comme souvenirs vaguement plus smart que les magnets Toulouse Lautrec ) . Elles procèdent aussi de cette "Paname Pride" qui , d'expositions (" Paris!" au Bon Marché, en ce moment) en ouvrages dédiés  (le tout récent "Made in Paris", Editions du Chêne), tente en ce moment de nous persuader qu'il n'y  a pas que des boutiques Sandro et Maje dans cette ville. Et qu'il lui reste un genre d'âme ! Encore faut-il que cette "âme" ne fleure pas encore une fois la  caricature, quelque part entre Doisneau et Modiano.  Il y a trop d'après à Saint Germain des Près...

Photo: Le Futiloscope