Pourquoi le look se loue ?

Il y a des trucs que tout le monde est amené à louer.  Les maisons et les voitures, par exemple. Et d'autres, plus élitistes, comme les appareils à raclette ou les jets privés, selon les urgences de chacun! Jusque là, rien que de très bassement économique . Pas assez de sous pour acheter, pas besoin de l'objet hors occasions exceptionnelles... Repimpé par le collaboratif , le principe ne cesse pourtant de gagner des secteurs improbables. Il ne peut vous avoir échappé qu'une révolution s'est produite dans le monde du look en octobre dernier ! Les blogueuses mode comme les "vrais" journalistes des pages éco du Monde se sont penchés avec enthousiasme sur le berceau de la start -up Panoply. Son objet ? La location de vêtements de créateurs, par abonnements mensuels . Ces derniers  permettent par exemple, selon le nombre de " crédits " qu'ils représentent, de bénéficier  pendant une semaine  d'une pièce exceptionnelle ( un manteau Red Valentino), ou de deux  juste "pointues" (une jupe et un top à volants Cedric Charlier) ou de quatre, plus casual-chic (genre Kitsuné) ... L' idée, rapportent des consoeurs sérieuses qui ont fait le calcul, étant qu'en claquant 600 euros par an, on accède à environ 26 pièces griffées (au lieu de 10 achats plus ou moins foireux  chez Zara and co).  Tentant, certes. Mais pas tout à fait nouveau: le site l'Habibliothèque et son inspirateur, le géant américain Rent the Runway, fonctionnent peu ou prou ainsi depuis 2014 et 2009.  Ni totalement inédit : la box Le Closet propose de recevoir des sélections d'emprunts fashion , à renouveler dès qu'on en a assez.  Ce qui est plus neuf, outre les ambitions de Panoply, en revanche, c'est l'avalanche de réflexions sociétales auxquelles le concept donne lieu . "Netflix de la mode" , " remise en cause du paradigme de la consommation " ,  "acheter , c'est so 2016" ... Chacun y va de son couplet vertueux sur notre ras le bol présumé des placards débordants de fringues jetables. Le Futiloscope laisse les pros du marketing gloser, ils sont très bons. Et les investisseurs investir ( il y aurait du lourd sur ce créneau) . Ce qui l'intéresse plus, c'est à quel point une pratique qui sentait un peu la it girl au rabais ( celle qui se bookait un sac Chanel pour la soirée) est devenue finalement glamour. Fondée au départ sur la frustration (voire la dissimulation),  la démarche est désormais tout à fait acceptable  socialement . On s'en vante même  ! Et  ça , c'est vraiment  sympathique. D'ailleurs, de nouvelles propositions étonnantes émergent ici ou là : location de plantes vertes sélect, de meubles design , de fiancés ( mais , ça , c'est en Chine , bien sûr) . Quoi ?  Mais si on ne peut plus détester son vieux ficus desséché , ou regretter l'achat de ces chaises atrocement inconfortables, quel sera le sel de la vie , désormais ?

Photo : Nina Ricci