Pourquoi le poster nous scotche à nouveau?

Un « poster » ? Même le mot est vieillot. Il évoque un boy’s band en page centrale d’un magazine spécialisé, ou un panoramique criard du pont de Brooklyn vendu dans une galerie marchande. Bref, une kitscherie indigne d’un intérieur stylé. Détrompez-vous : l’affiche à grand tirage est de retour. Elle revient de loin, pourtant. Jusqu’au début des années 80, on punaisait le Che ou Bowie partout. Les jeunes filles exaltées lui préféraient un portrait d’Arthur Rimbaud. Les intellos fauchés s’offraient une affiche de Chagall, après l’expo : on en vendait parcimonieusement à la sortie, près du tourniquet à cartes postales. Puis, soudain, un vent de dépouillement a soufflé sur la déco. On rêvait de lofts new-yorkais. Avec un grand Basquiat au mur. A la place, on se meublait crypto-industriel chez Habitat. Mais on boudait, en revanche, les images identiques de son rayon « affiches ». L’humble reproduction avait fait son temps.

La génération Z, et même la Y  , n’ont pas ce genre de snobismes. C’est à elles que s’adresse la nouvelle offre- immense- de « mural art », pondue par des graphistes  interchangeables, et vendue en ligne par des pros de l’impression numérique. Mais aussi chez Urban Outfitters. Qu’affiche-t-on désormais dans son premier sweet home ? De jolis dessins d’animaux ou d’objets : ananas, cactées, cervidés, flamants roses, cafetières, œufs au plat… Une imagerie qui envahit, en simultané, l’univers de la mode et du gadget. Vous aviez le mug, le hoodie, le patch, le coussin ? Prenez le poster avec ! Slogans détournés (Sex, verveine & rockn’roll), mantras énervants (Keep calm etc.), tout ce qui s’arbore sur les T-shirts se décline aujourd’hui en affiche. Idem pour ces « manifestos », professions de foi un peu neu-neu (« Love your life ! » "Be a good human"…) qui tapissent aujourd’hui les chambres d’ados. Ca coûte une vingtaine d’euros, et le choix est si grand…qu’on a rarement, in fine, la même « œuvre » que le voisin.

On peut aussi craquer pour un plan de ville redessiné façon vintage  ou un néo-planisphère : il fait son grand comeback. Plus snob : les esquisses d’architecte en série limitée de l’agence Desplans, ou les tirages noir et blanc des éditions Be-Poles. Les esthètes fauchés eux, préfèrent hanter les petites foires d’éditeurs indés ou les raouts des écoles de design. Avantage : le poster d’apprenti artiste est parfois gratuit. Inconvénient : on voit à travers.

Quid de l’accrochage ? Bonne nouvelle, l’engouement est tel qu’il y a déjà des produits dérivés :  baguettes de serrage  (plus chic qu’un bête cadre), cintre à affiche (comme pour les pantalons) ou pince à dessin géante, qui upgradent instantanément l’objet. Les punaises ou la Patafix ? Il ne faut même plus y songer.