Pourquoi cette industrie de l'artisan ?

L'Artisanat ? Jusqu'à récemment, le concept n'était pas très glam. On y faisait rentrer pêle-mêle le potier babos du marché de Sarzeau, le  luthier de service,  les bougies à la cire d'abeille monastiques et le fameux "Artisanat du Monde" ( ponchos, calebasses and co) . Le cas des " Métiers d' Art " ( l'aristocratie du genre , en quelque sorte) était encore plus grave : un festival de kitsch irrécupérable ! On savait certes - merci Colette- que des garçons s'étaient  remis à fabriquer des cuillères en bois dans les Catskills. Sans soupçonner forcément l'ampleur de la réhab' en cours...  Le Futiloscope a  senti qu'il avait lui-même insidieusement viré de bord, le jour où,  recevant en cadeau un pichet en grès bleu breton, il a trouvé cette pièce unique sublime . Au  lieu de la fourguer illico à une charity shop...

L' artisanat s'est donc refait presto une  sacré vertu  branchée . Les céramistes - sans doute le fantasme de reconversion le plus massif du moment, avec naturopathe- ont ouvert le bal  avec leurs  bols.  Et tout un petit peuple doué de ses mains -tissages muraux, cagettes en chataîgnier, sacs en kilim , bijoux Made in Paris ...- s'est engouffré dans la brèche . Les ateliers-boutiques pullulent dans le 10 ème.  Les Métiers d'art ont leur concept-store depuis septembre 2016  : chez Empreintes, fini la ringardise, que de beaux objets  "curatés"  avec talent . On y  a éradiqué les horreurs en vitrail et autres assiettes semées de dégueulis doré ! Au dernier salon Maison et Objet, l'espace Craft exposait aussi la crème du créneau.  Une installation  de la tendanceuse Elisabeth Leriche,  baptisée " Human Made",   insistait de son côté sur "le travail de la main et de la matière"... Si l'on a bien compris la leçon , "puisque tout se dématérialise autour de nous, il est urgent de se ré-ancrer dans des savoirs- faire manuels ".  Soit. Et quand on a  profité ad nauseam des  délices de la société de consommation , quoi de plus cool que de "prendre le temps de redonner du sens aux objets", hein ?  L'artisanat semble paradoxalement devenu  un genre de luxe pour pays riches, revenus du reste. Mais passons.

L'affaire est en tout cas la vraie tarte à la crème du moment. Même le catalogue AMPM - qui balourde souvent de la série Made in China - y va de son couplet "Amour du travail bien fait' . Il y a aussi toutes ces e-boutiques où le blabla artisanophile finit par agacer. Sur ateliersingulier.com ( qui a aussi un lieu physique ), le mug moucheté bleu ou le plateau biseauté en bois sont  "façonnés par les mains" d'un tel ou d'unetelle.  Sans blague ! Nous, évidemment , ça nous rappelle les cartes de voeux " peintes avec la bouche ou les pieds" des associations caritatives d'antan, mais chut ... Chez Datcha Paris, et ils ne sont pas les seuls, pas question non plus d'acheter un photophore en cuivre incognito , il faut se farcir la bio du dinandier.  Humain, trop d'humain ?

Photo Atelier Singulier