Pourquoi la mode la tente militante?

On s'endormait doucement en comptant les femmes de députés employées par leur mari ? Heureusement que les podiums sont venus élever un peu le débat ! Aux dernières Fashion Weeks de New York, Londres et Milan ( Paris commence à peine), tout un joli petit monde habituellement sous cloche s'est brutalement découvert une conscience politique aigüe. A New York, ce fut un festival de tee- shirts bien pensants, arborés par de diaphanes créatures qui ne tiendraient pas 2 secondes face à une charge de CRS.  Féministes bien sûr ( voir un post précédent ) mais pas que. "We Are All Human Beings ", "Break Down Walls" et autres "Be The Change You Wish To See In The World" plastronnait -on partout. De  grands moments "hautement instagramables "  (c'est marrant qu'on ne dise jamais "bassement instagramables" , d'ailleurs) !  Sur les poignets de chemises, on lisait aussi de très jolis "Hope" et "Liberty" ....

Et puisqu'on parle de poignets, tiens, arborer au sien un bandana blanc noué, comme beaucoup, n'est pas (qu')un nouvel attrape-photographe.  Mais le signe éloquent qu'on "en"  est.  On parle ici  du #Tiedtogether anti Trump , lancé récemment par le site économique The Business Of Fashion. Il est vrai que le contexte US légitime la mobilisation. Mais que lesdits bandanas aient été distribués au défilé Calvin Klein a dû aussi un peu aider... Notamment celles qui n'avaient pas eu le temps de se procurer le badge Pro Planning Familial rose, l'autre gimmick  bien comme il faut des Front Rows 2017!

A Milan, même combat. Faucille et marteau ici ( par une créatrice qui n'a sans doute pas connu les Brigades Rouges?) et re-bla bla politiquement  correct là, sur les murs du défilé Prada. "Fashion is about the everyday and the everyday is the political stage", par exempleOn ne voit pas trop le rapport avec les sandales plumées et les Moonboots poilus qui ont paradé devant mais bon. Bref, on n'en finirait pas - à Londres.extraits de discours féministes en bande son chez Marques' Almeida- de lister les initiatives plus ou moins subtiles des créateurs pour indiquer qu'ils sont en prise sur les problématiques contemporaines.

La mode a souvent accompagné la libération des corps et des femmes, de Mary Quant à Sonia Rykiel, en passant par Yves Saint Laurent . On se souvient aussi des campagnes anti racistes Benetton grande époque. Ce côté premier degré, en revanche, est plus récent. Un leg du Street Wear, qui a toujours affiché son militantisme en grosses lettres, comme le supputent les jeunes gens  du magazine Antidote ? Ou le constat cynique qu'en ces temps relativement décérébrés, un slogan bien fichu a plus d'impact sur les esprits qu'un long discours travaillé ? C'est vrai que c'est assez pratique d'avoir ses convictions simplifiées sur  la poitrine ( ou les fesses, d' ailleurs, si on est dans l'intimité) :  c'est dit, on n 'y revient pas, on peut enfin parler d'autre chose ! De ce "Pulled Pork " de folie, par exemple .... Le Futiloscope, quant à lui, va mettre son tee-shirt "The Future is Female" comme haut de pyjama, ce soir. Non mais!

Photo : LRS studios