Pourquoi le « rose djeun’s » est partout ?

Vous sortez faire du shopping ? Méfiance, vous pourriez bien rentrer …avec une brassée de rose : un mini-sac en daim, un petit blouson , des mules …Ou, si vous évitez les boutiques de mode : une poubelle, une lampe, un canapé (très salissant)… Le risque est identique si vous êtes un homme : 1347 articles de cette teinte vous attendent sur Asos.fr. Vous craquerez forcément sur un sweat ou une paire de sneakers. Car le rose du moment n’a rien de girlie. Plus dragée que malabar, plus thé que bonbon, il est pâle et sourd, avec 0% de bleu, mais une pointe de brun/pêche/saumon. La presse anglo-saxonne l’a baptisé Millenial Pink : les moins de 30 ans en sont fous !

A ses débuts, moins défini, il portait d’autres noms : Tumblr Pink, quand il a envahi, dès 2014,  la plateforme de blogging préférée des graphistes, après la sortie de Grand Budapest Hotel (à la façade bubble-gum)  ;  Scandipink, lorsqu’il s’est mis dans la foulée à squatter les intérieurs bobos (on fantasmait tous sur le frigo Smeg ou le robot KitchenAid rose suave). Fin 2015, Apple s’en mêle, en sortant l’IPhone 7 en Rose Gold. Et Pantone, dieu des couleurs, décrète que le Rose Quartz (proche de notre chouchou actuel) sera celle de 2016. A New York, tout le monde obéit : les cantines branchées, les it-bags Mansur Gavriel, jusqu’aux couvertures de bouquins…Adoptée comme "branding colour" par  des start-up médiatiques ciblant les jeunes femmes, comme nos amis de Thinx (les petites culottes périodiques) ou le make-up Glossier (aux vendeuses en bleu de travail……roses), la voilà « générationnelle ». D’autant qu’on la décline aussi beaucoup en casques audio ou hoodies XXL, indispensables au millenial pour « chiller ».

Au départ, on y a vu –encore !- le fameux « effet Instagram ». Comme les filtres du réseau social, ce rose doux et poudré, flatteur sur les selfies, floute joliment la grisaille. Désormais, le phénomène a viré « global », on lui consacre deux papiers par semaines dans la presse US,…et les exégètes s’emballent !  La thèse en vogue ? Symbole de la nouvelle « fluidité des genres », le rose millenial casse enfin les vieux codes aliénants : Barbie pink pour les filles, et bleu pour les garçons. Mieux qu’« unisexe », il est « transgenre » ou du moins « gender neutral », comme ces collections pointues sorties récemment (notamment chez Zara). Et dans un pays comme les Etats-Unis, où l’on s’empoigne depuis des mois sur le sexe (ou le "genre") des toilettes publiques, si les millenials le portent en étendard, c’est qu’ils sont beaucoup plus en avance que leurs ainés sur tous ces sujets.

Soit. Tant mieux si cette avalanche de fauteuils design, de vêtements de créateurs et de gadgets high tech  fait progresser la tolérance. Mais justement : si le rose du moment n’a pas de genre,  pourquoi aurait-il un âge ? Quel que soit le nôtre, il donne bonne mine et la pêche. Et n’en déplaise aux millenials de notre entourage, on compte bien en profiter aussi un peu. Avant le retour du moutarde ou du bleu canard.