Pourquoi c’est le souk à la maison ?  

Errer, harcelés par une nuée de gamins, dans le souk de Marrakech à la recherche de poteries anciennes; discuter comme un (et avec un) marchand de tapis le prix d’un kilim sublime au Grand Bazar d’Istanbul ; palabrer dans une échoppe de Dakar; arracher de haute lutte un lot d’ex-votos mexicains à un autochtone peu amène. Ca vous rappelle des trucs ?

Si marchander vous stresse, réjouissez vous : toutes ces merveilles peuvent désormais débarquer chez vous d’un clic. Pour éviter tout accès de parano, on pourra même se fournir chez … Maison Intègre ! Outre d’authentiques piquets de tente façonnés par des Touaregs et des totems sculptés par des bergers Peuls, on y trouve des pièces contemporaines. Comme ces pagnes traditionnels confectionnés par Raphaël Sawanogo et son épouse Noëlie, dans la cour de leur maison de Cissin (un quartier de Ouagadougou). Sur le site, vous saurez tout de ce sympathique couple d’artisans burkinabe, même le nom de leur chien (Rex!). Et sur leur projet de boutique-atelier, qui préservera un savoir-faire menacé.

Le monde de la déco adore aujourd’hui les objets à histoire, faits à la main par de « vraies gens ». Chez Datcha aussi, avant de craquer sur une natte en jonc ou un plateau martelé marocains, on peut consulter la bio d’Abdourahim ou Mohamed, vannier et dinandier, photographiés sur leur lieu de travail sublime et épuré … P.I (pour Patrimonio Immaterial), diffuse en direct du Mexique des vanneries colorées, des serape, des milagros ou des housses de coussin brodées, « issus de savoir-faire ancestraux de communautés locales ». Là encore, des mamies vannières hilares, de jolies brodeuses ou des tisserands bonhommes prennent la pose, en noir et blanc élégant. S’offrir ce petit cabas en palme ? C’est contribuer à « la sauvegarde d’un patrimoine menacé par la globalisation mais également à la lutte contre le phénomène de migration massive qui frappe le Mexique ». Rien que ça !

C’est clair : une nouvelle génération est en train de réinventer la diffusion de l’artisanat « ethnique ». Nul doute qu’elle soit vraiment soucieuse d’échanges solidaires et de commerce éthique. Mais ses tenants sont aussi de sacrés champions de storytelling, avec ces trombinoscopes façon « Adopteunartisanvenudailleurs.com » . Après tout, pourquoi pas ? Entre les vieux antiquaires d’Art Africain (toisant les Béotiens osant franchir leur seuil), et les ringardes boutiques d’«artisanat du monde » (leurs calebasses, leur ponchos criards…), le secteur avait besoin d’un lifting.

Le seul petit bémol ? On a déjà assisté, ébahis, à la spectaculaire réhabilitation de l’artisanat en général (voir ici). Au retour de hype incroyable des potiers, vanniers, céramistes d’ici. Lu moult couplets, signés de petites boites frenchies, sur « le travail de la main et de la matière ». Alors, quand nous en ressert une louche avec leurs confrères du Haut-Atlas ou de l’état d’Oaxaca, on sature un petit peu. Finalement, sur les e-shops de déco ethnique-chic , le risque est parfois le même qu’au supermarché : le suremballage !

Photo : P.I Project