Pourquoi on retourne son waste ?

La "lutte contre le gaspillage alimentaire", tout le monde trouva ça bien. Mais pas follement sexy ... Elle a certes sa journée (la prochaine a lieu le 16 octobre) , ses sites avec des graphiques flippants et ses héros du rata de rogatons. Mais bon… Depuis qu’elle s’est relookée en "Zero Waste" , évidemment , c’est un tout autre sujet ! Nettement plus glam. Prenons le cas des  "Freegans".. Pour mémoire, il s’agit de ces militants qui font les poubelles de l’Occident gaspilleur pour cuisiner de grands repas collectifs et festifs . Très honorable, mais tout le monde n’a pas forcément envie de psalmodier "arrêtons de pourrir notre planète génitrice" autour d’un feu de cagettes ! Quand ce mouvement hyper alternatif devient le Freegan Pony, restaurant veggie délicieux (fonctionnant exclusivement sur les invendus de Rungis) dont tous les sites de sorties branchés parlent, là, on y court ! L'endroit, créé en 2015  dans un squat, est désormais parfaitement officiel et accumule les "résidences"  sympas . Il est au  Génie d’Alex » en ce moment , sous le Pont Alexandre III, le lieu éphémère dont on cause. Les Grands Verres, au Palais de Tokyo, gros chouchous  médiatiques de la rentrée, communiquent à fond sur leur esprit anti gaspi. Le Futiloscope n’y a rien vu de spécial à la carte, à part peut être les croûtons de la salade Fattoush – super hype, le croûton en ce moment , c’est logique - et de l’"aquafaba"  (l’eau de cuisson des pois chiches) dans un cocktail. Mais, c’est vrai, on y lave les sols avec toute l’eau non bue ...
Bien plus déchaînés sont les anglo-saxons qui militent pour le No Waste Les pop ups du chef américain Dan Barber  ( sa table gastro à la ferme, à 40 minutes de Manhattan, est mythique) sont d’un snobisme effrené. Quelques happy few ont ainsi pu goûter à New York, en 2015, au Blue Hill ( son autre restau) du cartilage d’ailes de raie frit et des hamburgers aux résidus d’extracteur d'un bar à jus, partenaire de l'affaire. Le tout arrosé au champagne éventé… A Londres, sur le toit du Selfridges , début 2017 , ce fut une  fiesta de « Kale Tree » ( le tronc du kale monté en graine) et de fish and ships à la tête de poisson. Et l'on ne parle bien sûr des vrais cuisiniers "warriors" qui n'utilisent que des coquillages cassés ( impropres à la reproduction, donc, on ne flingue pas une espèce au passage )...
Et dans la vraie vie, que faire de plus chic que l’antique salade Fouzytou ? Les initiatives tendance pulullent . La rubrique  "Gâchis Parmentier" du mag de  la Ruche qui dit Oui partage les recettes-culte des  lecteurs . Des livres donnent super envie de vivre « Notre aventure sans frigo » ; des épiceries générales, comme Maison Pos, touillent de la compote avec leurs invendus ; on commence à boire de la Cascara, cette infusion pointue, issue des rebuts de la récolte du café... Bref, cuisiner les épluchures, les déchets, les végétaux moches et flapis est le DIY du moment, celui dont on se vante. Le Futiloscope est même allé assister à un atelier organisé par Tupperware (se faire un petit "Tupp", c’est la préhistoire du No Waste, non ?) . Il a  pu ainsi recycler les parures d’un fenouil en cuir de légumes et sauver les flancs et la queue d’un lieu jaune ( ce qui reste quand on a levé les filets). On lui a aussi suggéré le tempura de radicelles de poireaux pour l’apéro . Soit. On vous signale simplement qu'il y a aussi  Too Good to Go, l’ app qui permet d’acheter les laissés pour compte des restaus/traiteurs/pâtissiers du quartier ... 

Photo : Salt