Pourquoi tout ce chantier ?

Le « workwear » , bien sûr , vous connaissez ... Cette esthétique qui conduit les travailleurs du tertiaire à arborer des pantalons renforcés au genou est devenue un classique . Des maisons comme Carhartt prospèrent sur ce créneau depuis un bail. C’est un peu le même topo qu’avec les 4x4 équipés de pare-buffles dans Paris : des garçons qui ne vont ni se salir ni se blesser au cours de la journée portent les même habits qu’un travailleur de force contemporain! En cet automne riche en mouvements sociaux -prescience bien connue des créateurs ?- , avoir la working classe, semble être aussi devenu un impératif pour les filles. Mais plutôt version vintage ou chantier naval de l'après guerre! Les séries-mode des féminins regorgent de jeunes beautés en combinaison de mécano… Dior ou en veste de travail indigo griffée. La lectrice est cependant invitée « à ne pas les porter au premier degré » . Des fois que le ridicule tue ?
Ah, la veste de travail… Juliet Berto l’arborait déjà avec brio dans La Chinoise ( ça tombe bien, Godard est hype lui aussi) . Les petites branchées des années 80 aimaient l'acheter directement chez Lafont , le « pro des vêtements pro. » Cette descendante du bourgeron est absolument partout en ce moment , plus ou moins … « retravaillée », tiens.  Chez les minimalistes chic ( Cos) comme les marques pour trentenaires choupettes ( Sézane) et même, à la Redoute : le péril bleu menace.
Par un hasard heureux , la maison Le Mont Saint Michel fête ces jours-ci en grande pompe les 105 ans de la sienne. Pourquoi n’ a t’elle pas célébré plutôt ses 100 ans ? On ne voudrait pas prononcer le mot « opportunisme » … Sur son e-shop , elle  l'appelle d’ailleurs « véritable veste de travail », non mais ! La marque inonde aussi les réseaux sociaux de photos de jeunes travailleurs manuels - #mavestemontravail- tout à fait dans l’air du temps., c’est à dire beaux et tout propres. Quant à l'authentique « cotte à bretelles « (ou salopette de force), un brin défigurée aujourd'hui par les patchs réfléchissants , elle bénéficie, la veinarde, sur l"impayable site detoujours.com , d’une réédition très chic de sa version originelle. Signalons aussi le pop up store de la marque franco-japonaise  confidentielle « Outil » ( à porter avec une besace "Bleu de Chauffe " ?) chez « De Bonne Facture ».... Histoire de se taper d’un coup tout le champ lexical qui fait mouche chez les millenials ! 

Le Futiloscope ne va pas rajouter une couche sur le fantasme «mains dans le cambouis » que cette tendance traduit assez balourdement… Il sait bien que c’est quand une espèce est en voie de disparition que l’imaginaire collectif s’ empare de ses reliques ou ses oripeaux … C’est triste en fait, même s’il a déjà personnellement sa propre veste toile brute  et que c’est très joli. . Ci git , dans les vitrines ou les défilés du groupe LVMH , l’ouvrier occidental ?

Photo : La Chinoise, J.L Godard