Pourquoi on boit de mieux en mieux ?

Le Futiloscope, en pleine dégustation Paris Cocktail Week, chez Combat, chouette bar de Belleville, a été bluffé …. Bien qu'il se sentît aussi euphorique et volubile qu'après un Moscow Mule bien tassé, il n’y avait pas une goutte d’alcool dans son grand verre de "Raison Noire" ! Mais de la mélisse fraîche, du sirop de bourgeon, du jus de raisin muscat frais, du citron et du Perrier, shakés comme des grands par une blonde décoiffante .

Le Futiloscope a arrêté l’alcool (en même temps que le gluten, le lactose, la viande et le sucre) ? Non, il s’inscrit en plein, c’est son devoir, dans la tendance montante du Mindful Drinking ( ou "boivage en pleine conscience" ), très en vogue chez les anglais qui, il est vrai, reviennent de loin. L’idée est d’arrêter de se mettre minable aux premiers afterworks ou sorties entre filles venus. On réservera sa consommation alcoolisée aux grandes occasions, que l’on célèbrera également sans excès , vu qu’on est "mindful".

Le bénéfice secondaire non négligeable de cette trouvaille très millenials est qu’elle réveille spectaculairement l’offre des «"alcohol free drinks" . Vous vous souvenez de ces  Virgin Mojitos sirupeux et autres "Mocktails"  colorés plein de pailles ? Ils avaient tout de l’ersatz ("mock", c’est pour dire "simulacre")  et ne faisaient plaisir qu’aux enfants, en plein syndrome Champomy. Depuis une grosse année, le cocktail sans alcool n’est plus cette boisson dont on retiré l’essentiel, c’est une création intrinsèque. Il fait l’objet des soins attentifs des bartenders les plus stylés de la planète, ceux qui aiment les " craft coktails", où tout est plus ou moins fait main ou conçu spécifiquement pour l’exercice. Au Dandelyan londonien de l’hôtel Mondrian , on en sert jusqu’à 100 cent « sans » par soir ; il y en a de formidables au The Shell parisien, bar à cocktail des Grands Boulevards, nouvel hôtel branché ; tout comme au NoMad bar de l’hôtel new yorkais du même nom … On ne parle que de bars d’hôtels ? Oui, car tout est souvent parti de là : pour expérimenter , quoi de mieux qu’un endroit où, via des cuisines à proximité, il y a tout, des épices, des herbes, des fruits, des légumes ?
Ces néo-cocktails, pour remplir leur office, se doivent d’être au moins aussi sophistiqués que leurs dépravés confrères . Pas forcément de sweet, donc, mais de l’amer, de l’acide, du piquant, bref des trucs qui dépotent. C’est pour ça qu’on y débusque tous ces ingrédients étranges, comme le "Verjus" ( jus de raisins pas mûrs ) ou le "Cold Brew" ( du café infusé à froid pendant des heures, de la dynamite !) . Et tout aussi fréquemment du gingembre, du piment, du poivre, de la coriandre et des tas d’herbes aromatiques ou infusables, cultivées sur place comme Aux Grands Verres ou en provenance d'une herboristerie-culte … Avec tout ça, si on ne trouve pas plein de nouveaux sujets de conversation entre amis ou amoureux , c’est qu’on n’y met pas du sien !
L’autre grande marraine de ces néo cocktails, avouons-le, c’est l’abstinence . Toute une génération de gens qui ont décroché de l’alcool comme addiction, notamment aux Etats Unis, n’a pas envie de se priver pour autant de l’ambiance des bars, on la comprend. C’est donc à un abstinent surdoué que l’on doit Seedlip, la première maison de spiritueux non alcoolisés. Cette gamme de  "distillats" botaniques , qui cartonnent un peu partout comme ingrédients star des mindful drinks, sont sans doute le gin du futur … Tonique, pour de bon ?