Pourquoi les vacances, c'est fini?

N’allez pas croire que le Futiloscope qui vient de passer deux mois en villégiature, veut se plaindre de son retour aux affaires ! Non, non ! Il souhaite juste, alors que les cong pay’ viennent de s’achever pour beaucoup, alerter sur les coups fatals que la modernité semble vouloir porter à ce concept aimable de grandes vacances, durement conquis par les travailleurs ( d’hélas pas tous les pays) .
Le premier accroc au mythe a un joli nom : «Staycation» . Ce néologisme, forgé après la crise des subprimes en 2007, est assez sexy, en anglais . En français, avance un confrère du supplément Week End des Echos, ça donnerait plutôt "Vacadom" , déjà nettement moins affriolant ! La Staycation, que d’aucuns essaient de nous vendre comme le dernier choix cool du moment, signifie donc qu’on reste à domicile pendant ses congés. Cette pratique aurait une foule d’avantages, selon ses thuriféraires : moins d’empreinte CO 2 ( chouette) ; pouvoir vivre sa ville comme un touriste ( ça dépend du touriste mais soit) ; profiter à fond de son sweet home et, pour les parisiens, du Paris Magique d’ Anne Hidalgo , comme on dit dans les journaux qui n’aiment pas beaucoup la dame. Le tout, évidemment, sans claquer bêtement des fortunes … Tiens, voilà le fin mot de l’histoire ! La staycation ne serait-elle pas, notamment pour les jeunes sous-payés de la Start Up Nation, un genre de chouette cache-misère ?  Ou, du moins, une énième manifestation de ce positivisme forcené, tellement dans l’air du temps : "je ne peux pas partir, donc j’en fais un postulat lifestyle et en plus, je m’en vante" … Dans les dîners en ville , vous êtes bien tombé, récemment, sur un diplômé ès staycation qui a monopolisé toute la conversation, avec sa fascinante saga "Août aux Buttes Chaumont", non ? Tellement plus moderne qu’une millième récit de dolce vita dans les Cyclades ! Ce « contre mauvaise fortune-bon cœur » revampé en attitude hype a des conséquences graves : il va peut être aussi avoir la peau du célèbre city break dans une ville étrangère … Laissez tomber ces idées funestes de week-ends à Gand ou Leipzig… Et prenez plutôt le dimanche soir, pas loin de chez vous, une chambre dans un hôtel étoilé à prix cassé par le site … Staycation, justement ! Ca fait des trucs à raconter au bureau le lundi matin et c’est moins fatigant que de rentrer en Thalys ou en Easyjet, à minuit. De Paname, on peut aussi filer le samedi soir au Mob Hôtel de Saint Ouen, qui hébergerait jusqu’ à 15% de parisiens : au coin du périph', l’Aventure !
L’autre tentative de sabotage s’appelle "workation" … Un mot qui désigne des vacances avec "work" dedans ? On sent bien qu’il y a comme un ver dans le fruit de l’oisiveté estivale … Cette nouvelle pratique est née du constat que, pour les créateurs d’entreprise, partir en congés est parfois plus stressant que de ne pas partir. C’est donc pour calmer cette légitime angoisse que sont nés tous ces nouveaux lieux dédiés à la workation. Grosso modo, il s’agit de proposer des séjours entre entrepreneurs, avec yoga, méditation, surf etc , mais aussi plein d’échanges pros enrichissants, et surtout, un vrai grand espace de coworking avec vue, pour bosser le reste du temps. Il y a déjà une de ces colonies de vacances pour la "creative class", en Bretagne. "We add flavor to entrepreneurship" clame ainsi la Swenson House d’Audierne, qui a plein de grandes sœurs en Californie ou ailleurs (allez faire un tour sur CoWoLi, pour avoir définitivement froid dans le dos) … Sinon, quand on a un boss généreux, on peut aussi embarquer avec toute sa team boulot pour une workation à Mutinerie Village, dans le Perche, et ainsi "rester productif loin du brouhaha de la ville" …  Ca s’appelait pas un séminaire, ça, quand il n'y avait pas encore une "makersplace" et des cours de permaculture dans le package ? Après le babyfoot dans l'open space pour faire oublier qu’on bosse, les "vacances" entre poteaux du boulot pour noyer la dureté ambiante? Trop fort !

Photo: anonymous-project.com