Pourquoi on va se remettre au verre ?

C’était  bien le dernier truc qu’on aurait espéré hériter de notre grand-mère : sa collection de hauts vases mastoc en cristal taillé, remisés dans le placard aux étagères recouvertes de Vénilia. Ou son service de mini-timbales à picots rococo, made in Slovaquie, dans lesquels elle sirotait son Byrrh devant Questions pour un Champion. On les avait complètement zappés, mais depuis peu, on n’arrête pas de croiser leurs sosies, leurs cousins, dans des endroits inattendus…et parfois aussi pointus qu’eux. Des carafons à facettes et bouchons chantournés ; de gros gobelets à whisky ouvragés, comme en offrait aux papas dans les années 70 ; des cendriers « diamant », pratiques pour assommer les méchants dans les nanars de la même époque; et même ces fameux vases transparents gravés, relégués jusqu’alors sur l’autel des églises, garnis de chrysanthèmes et d’œillets défraîchis. Echappés du Musée du Kitsch, ils s’infiltrent chez les brocanteurs pour bobos, au milieu des enfilades danoises et des céramiques wabi-sabi (dont la vieillerie en cristal XIXème, pompeuse et statutaire, est un peu l’exact contraire !). Ou dans la sélection de vases vintage des néo-fleuristes de quartier, parmi les Vallauris et les cafetières émaillées. Chez Robin & Williams Guild à SoHo, concept-store ultra chic, qui abrite également le restaurant (frenchie) La Mercerie, et la boutique de la « floral artist» Emily Thompson–la pionnière du bouquet flamand, très à l’aise aussi dans ce genre de contenant grandiloquent- on vend une sélection de coupes gravées Saint-Louis (la doyenne et la plus élitiste de nos manufactures spécialisées), ainsi que les créations du verrier japonais Haruya Hiroshima, qui a appris la taille auprès d’un maître tchèque…Le mixologiste maison, lui, officie entouré de carafes anciennes, flacons et verres à mélanger gravés…

Le ras le bol du minimalisme scandinave a encore frappé ? bien sûr. Ainsi que la brise « granny chic »  qui souffle sur la déco depuis un petit moment (Le Futiloscope vous a déjà parlé ici des franges des canapés de l’hôtel Hoxton, et du retour du fauteuil crapaud). Mais les bartenders ont aussi beaucoup fait pour la cause. Pour offrir à chacune de leurs créations son écrin spécifique, beaucoup sont devenus des « glass geeks ». Ces grands gars (ou filles) tatoué(e)s adorent collectionner des verres à pied, des coupes ciselés, des tumblers en cristal riveté, comme on en vend dans les show-rooms d’ « Arts de la Table » de la rue de Paradis ! Chez Combat, à Belleville –entre autres- de délicats carafons et flacons en cristal ancien détonnent dans un décor industriel brut de coffrage.

La verrerie serait-elle la nouvelle poterie ? Après s’être esbaudi sur les « néo-céramistes », va-t-il falloir faire mine de s’intéresser aux « verriers d’art », à l’art de la taille en Bohème, ou à la "Brillant Period", l’âge d’or du cristal U.S ? S'organiser des week-ends  « route des manufactures » en Lorraine » ? Au dessus de nos forces. On va commencer par faire un saut au Monop’, qui vient de sortir toute une ligne en verre gravé-ciselé : gobelets, flacons, petits vases, soliflores, et même des bougeoirs ! C’est dire si la tendance galope. C‘est un peu riquiqui, c’est made in China, mais ça donne assez envie, finalement, de dénicher quelques échantillons plus authentiques au dépôt-vente. Mais au fait, ils ne seraient pas toujours dans un carton à la cave, les vases en cristal de Mamie ?  Le jour où on aura mis la main dessus, en les regardant dans le blanc des cabochons, on décidera : s'ils sont toujours aussi kitsch. Ou si, comme dirait Marie Kondo, ils envoient de la joie !   

Photo : Monoprix maison