Pourquoi on nous fout dehors?

C'est souvent quand une pratique est en voie de disparition qu’on feint de s’y intéresser le plus.  Un genre d’ultime sursaut avant la chute ? Alors que l’on passe notoirement de plus en plus de temps claquemurés avec nos écrans, l’offensive « Zou, dehors ! » fait rage, ces derniers temps  ...  Le Futiloscope voit clignoter partout des petits signaux, enjoignant aux troupes de retourner s’ébattre au grand air, au lieu de cultiver leur «tech neck» ( ces rides prématurées du cou,  liées à l’abus de smartphones) … Un exemple ? L’opération Rent a Finn , lancée il y a peu par Visit Finland . Elle intronise un nouvel insider branché, qui n’est plus Street Artist ou Djette, mais quelque chose comme la version locale de l’inspecteur des Eaux et Forêts. Il s’agit en effet de «louer» à la journée des gens comme Timo de Hämeenlinna ( «J’aime particulièrement les bruits de la nature, le calme et le léger clapotis des vagues. Je veux partager ce sentiment de bonheur avec le monde » ) ou Juho de Kirkonummi ( «Ce qui m’inspire, c’est d’avoir une vie simple au contact de la nature » ) … On ne persiflera pas sur le potentiel outdoor de bleds qui portent des noms à coucher dehors, mais on voit le topo. De leur côté, les Norvégiens font une percée sérieuse sur le front de la tendance filgoud avec leur Friluftsliv ( eh oui, juste au moment où on savait enfin prononcer le Hygge danois ), littéralement « art de vivre à l’air libre» , un concept qu’on commence à croiser beaucoup. Le # consacré est un festival de feux de camp, de lacs limpides et de bonnes joues rougies par l’afflux d’oxygène sur pull jacquard.
Les anglais ne sont pas en reste. Quand ils ne brexitouillent pas, ils regardent depuis 2 ans les spots de la campagne Dirt is Good, dont le but est de … renvoyer les enfants se crotter à l’extérieur, pour patouiller des mud pies et courir dans les flaques ( on est au Royaume Uni, rappelons-le) , voire s'immuniser comme le rappelle aussi un récent best seller UK . On apprend du coup des trucs assez désagréables  : un enfant occidental passerait moins de temps à l'air libre qu'un délinquant en prison ... Que l'opé Dirt is Good soit sponsorisé par Omo interroge quelque peu mais bon, l’idée est, elle, bien claire : se rouler dans la gadoue, c’est mieux que de se vautrer dans la lumière bleue. Compris ? Oui, apparemment !  Le Sunday Times de ce week end titre de son côté  Why we're all camping this year , avec cette accroche alléchante : Ready to embrace the great outdoors ? Une occasion en or, au passage, de tester enfin, en vrai, ses fringues Gorpcore (voir ici) et son matos pour camping sauvage (voir) qui n’ont jamais vu que les locaux du Wework … Même si le "tout le monde" évoqué va finir dans des resorts all inclusive en Algarve, on est au moins prié de faire semblant de fantasmer sur un ailleurs plus frais …

Et en France ? Le Futiloscope observe une poussée amusante du nombre de ses proches qui partent faire un tour au Schumacher College, au sud du Devon. Dans cet endroit, nettement moins confortable pourtant que le Château de la Bourdaisière, on se reconnecte à notre mère Gaïa, avec, entre autres, des week-ends de Spiritual Gardening , une invitation à « retrouver le Divin dans la Nature » (si l’on a bien compris ). Un truc qui n’aurait fait bouger jadis que des babas indécrottables rameute aujourd’hui des filles de la com ou du digital, souvent déjà passées par la sylvothérapie (l’an dernier) et le stage yoga-jeûne (l’année d’avant) . Tout cela est lié, évidemment … Pour les flemmards qui ne veulent rien apprendre, les hôtels Coucoo et leurs cabanes, érigées dans des lieux sauvages mais pas trop loin des villes, font un tabac. Ciao le boutique hôtel pour City Break, hello « la sensation de ne faire qu’un avec l’environnement qui vous entoure », comme à la Ferme du Vent, la Grée des Landes, au Barn et autres places to be dont on cause beaucoup sur Instagram . Du coup, qui reprend du poil de la bête ? Ben … Nature et Découvertes, évidemment ! Cette maison qui évoquait surtout pour le Futiloscope le coussin chauffant aux noyaux de cerise a par exemple, cette année, une offre Mac Gyver d’un chic absolu.  Inventés en exclu par un jeune studio on ne peut plus pointu, cerf volants, loupes, tentes, constructions modulables… à bidouiller avec des bouts de bois glanés , sont un pur enchantement design. Avec ce petit ouvrage arty , aperçu (avec celui là) par le Futiloscope New York à la librairie du MoMa PS1, on a le kit de l’été idéal ….

Photo : Dirt is Good