Pourquoi le tailleur refait fortune ?

Vous cherchez frénétiquement « THE robe », pour un mariage un peu chic début septembre ? Stop ! Ce qu’il vous faut en 2019, pour tout « social event », c’est un…tailleur-pantalon ! Les abonnées des tapis rouges ne le quittent plus. Actrices, chanteuses, mannequins, influenceuses, royals…l’adoptent  pour les premières/défilés/ visites officielles/remises d’Awards diverses (récap ici). La députée démocrate AOC (Alexandria Ocasio Cortez), plus jeune élue au Congrès Américain et coqueluche médiatique du moment, vient même de prêter serment en « pantsuit » blanc !

Attendez. On parle bien du vêtement iconique de la « working girl » des années 80 ? Qui, perdue dans un univers hostile au plafond de verre increvable, tentait à grand renfort de paddings de prouver qu’elle avait la carrure pour le job ? Le même ! Sauf que depuis, tout a changé. Avant-hier, en empruntant la panoplie des mâles dominants, on se coulait dans le moule. On acceptait les règles de leur jeu. Ce vêtement-déguisement était plus coercitif que libérateur. Hier encore (pendant la présidentielle US 2016 ) on reprochait parfois à la candidate Clinton ses "rainbow pantsuits" fushia, turquoise ou jaune poussin…

Les tenues de campagne d'Hillary étaient pourtant visionnaires : aujourd’hui, des podiums pointus à la fast-fashion, le néo-tailleur en voit de toutes les couleurs. Même les jeunes filles rêvent de s’en offrir un, vert fluo ou « Gen.Z yellow ». Ou Prince de Galles avec bande de survête. Ou fleuri. Elles le portent avec des Air Force One et une « bralette ». Et tomberaient des nues si on leur disait qu’elles s’habillent « à la garçonne »  A l’ère du rose millenial pour tous et de la ligne « Collusion » (unisexe) d’Asos, le « pantsuit » est plutôt, pour cette génération, le nouveau vêtement #genderfluid ou #genderneutral  qui cartonne !  

Et pour les trentenaires, qui l’enfilent à nouveau au bureau, le voilà étiqueté « néo-féministe » ! Sans ambiguïté, cette fois. Plus fashion, moins formaté (un pantalon flare? une veste kimono ceinturée ? Tout est possible), il ne sert plus à jouer les caméléons. Exit le « power dressing », vive l’« empowerment »! C’est le crédo d’une flopée de créatrices nouvellement spécialisées dans ce créneau. Chez Admise, on entend fédérer autour d’une gamme de tailleurs à mixer -100 % made in Paris- « une communauté de femmes centrée autour de l’entraide et la bienveillance. A travers vos témoignages, nous partageons chaque oral de thèse, chaque plaidoirie, chaque mariage (…).Chacune de vos victoires est aussi un peu la nôtre ». Même éléments de langage chez 17H10, autre jeune label dédié, qui entend s’adresser à des femmes « inspirantes, indépendantes, positives, professionnelles, invincibles » !

N’en jetez plus, on voit le topo. Porté avec un chemisier victorien à col volanté, le tailleur-pantalon est la parfaite armure de l’époque post #metoo. Et le soir, il file direct au théâtre ou au restau, parce que, bon, la femme puissante a mieux à faire que de repasser chez elle se changer. Le weekend, on le décoince en T-Shirt blanc, sac banane et baskets. A la remise de Légion d’Honneur de Tonton Jacques, on l’upgrade avec des talons et une pochette. Génial ? On hésite. Comme à chaque fois qu’on nous refait le coup de l’« effortless chic ». Pas sûr que ce « nouvel indispensable » soit vraiment le meilleur ami de la femme qui n’est pas une liane. Ni de la quadra et plus. Côté silhouette, on le trouve plutôt moins friendly que la combi, notre conquête précédente. A moins, bien sûr, qu’on déniche l’oiseau rare. Ni trop fitté (effet Angela Merkel) ni trop coloré-oversized (effet Bozo le Clown). Va-t-on se mettre à le chercher frénétiquement ? C’est possible. On est des femmes invincibles. Mais parfois, aussi, des petites choses crédules…

Visuel : Da/Da Paris, encore une griffe qui remet le tailleur à l'honneur