Pourquoi nous voilà dans de beaux draps ?

Le Futiloscope est comme tout le monde : il adore avoir raison. Et dénicher des tendances…qui ne font pas pschitt au premier courant d’air du temps. « Pourquoi dormir est à la mode ? », se demandait-il déjà…dans un post de 2016. On y parlait de la « Sleep Revolution », le best-seller d’Ariana Huffington, laquelle sillonnait les campus pour persuader les étudiants de dormir la nuit. Trois ans plus tard, l’insomnie fait toujours rage, toutes générations X-Y-Z confondues. Mais dans l’intervalle, le sommeil est devenu… un gigantesque marché, un segment hyperactif du « lifestyle » ! Ca méritait un petit « update ». Et même si cette fois , on fait l'impasse sur tous les ennuyeux objets connectés pro-dodo. nos nuits ont bien changé depuis :

• On achète des « bed in a box » 

Si vous avez pris le métro à New York au cours des cinq dernières années, vous connaissez les annonces-culte de Casper, la jeune marque qui « disrupte » l’industrie du matelas. Leur offre est judicieusement limitée, et le matelas en question, choisi en 3 clics, est livré -à vélo, comme votre dîner UberEats - dans un gros paquet cadeau, avec un petit message manuscrit (au début, ils ajoutaient même un bouquin !). Dans un univers concurrentiel léthargique, Casper est la première entreprise de literie à miser sur la com’, les réseaux sociaux, les events…. Exemples : un « chatbot » qui tient compagnie aux insomniaques ; un sleep-truck qui parcourt le pays ; un partage de vidéos hilarantes sur le déballage de matelas ; et même une gamme de matelas pour chiens (avec la participation d’ « influenceurs canins »)! Dans leur sillage, des centaines d’e-commerces de « bed in a box » ont vu le jour. Et la sympathique marque française Tediber s’en est clairement inspirée !

• On investit dans son lit

Errer dans un grand magasin, ou sur le site d’un VPCiste au milieu des « parures » à fleurettes? Quel ennui ! De nouvelles marques l’ont enfin compris. Comme Bonsoirs et son linge de lit 100% vosgien. Leur slogan : « la qualité hôtelière à prix raisonnable » (traduisez : l’équivalent d’une paire de draps Frette, en moins ruineux). On hésite entre percale et satin, mais on veut zapper le topo technique ? On répond à un test rigolo (ex : êtes vous plutôt sushi ou maki ?). Aux Etats-Unis, sur le même concept, Parachute ou Brooklinen font aussi un tabac. Les Européens découvrent le confort des lits U.S (les surmatelas, les plaids, les oreillers multiples…) . Les Américains se décoincent en adoptant notre très bobo lin froissé. Et les start-ups spécialisées prospèrent. Comme, chez les frenchies, les Petits Cadors et leurs irrésistibles « oreillers nomades ». Outre-Atlantique, on ne jure plus que par la « gravity blanket », une couverture lestée -de 5 à 15 kilos !-, censée calmer les angoisses nocturnes. The Sleeper ,  The Napper ,  The Boyfriend , il y a plein de modèles, y compris des «tubes de couchage », qui reproduisent la sensation du « hug » au moment du coucher. Le tout s’inspire d’outils thérapeutiques conçus …pour apaiser les autistes, et s’appelle le « heavy bedding  ». Effectivement : c’est du lourd !

On sieste en ville

Les « nap pods » –ces petites alcôves qui permettent de piquer un roupillon n’importe où -, c’est déjà une vieille histoire. On pensait qu’elles feraient recette dans les bureaux. Mais c’est plutôt dans les aéroports, malls, quartiers d’affaires que s’installent les chaînes dédiées. A Hudson Yards, flambant neuf quartier de Manhattan, 3DEN vient d’installer son premier siestodrome (ils comptent en ouvrir 40 en ville). On réserve son créneau sur l’appli : 6$ la demi-heure. Bien sûr, Casper l’a fait avant tout le monde, avec sa « Dreamery», qui fournit même le pyjama. L’idée des fondateurs, c’est de « pousser les New-Yorkais à intégrer la sieste dans leur emploi du temps et leur routine bien-être, à l’instar de la gym ».  La sieste, c’est le nouveau yoga ?

« Dodologue », c’est le métier qui monte

Aux Etats-Unis, il y a plein de « sleep-doctors » vedette, qui enchaînent best-sellers, talks et produits dérivés . De nombreux secteurs sont avides de leur expertise. Aujourd’hui, avec ce type de spécialité, vous pouvez conseiller une marque de cosmétiques (Sephora vient de faire campagne sur le thème : dormir, c'est le meilleur produit de beauté). Ou être embauché par une compagnie aérienne ? Le dodologue attitré de Turkish Airlines leur a conçu toute une gamme de tisanes anti-stress et gonflette. Air France réfléchit à des simulateurs de coucher / lever de soleil, pour nous aider à roupiller sur les longs courriers. Et bien sûr, les hôtels de luxe –et leurs néo- « cures de sommeil » glamour – vous tendent aussi les bras . Mais les palaces ne sont pas le seul débouché. A New-York, la chaîne ultra-branchée Ace Hotels, adorée des millenials, connue pour ses pool parties et ses concerts dans le lobby, vient d’ouvrir le boutique-hôtel Sister City, qui mise à fond sur le …repos ! Dans les chambres super zen, via un partenariat avec l’app’ de méditation Headspace, on peut écouter ou visionner des "sleepcasts" au lieu de faire la tournée des clubs.  La boutique vend des machines à produire du « bruit blanc » hypnotique, et des masques de sommeil au charbon activé. Décidément, la ville qui ne dort jamais n’est plus ce qu’elle était !