Pourquoi on va garder nos pelures d'oignon ?

Le moment est historique ! Le Futiloscope a peut-être trouvé ce qui va (enfin) succéder à la céramique ! En cet automne 2019, maints indices nous poussent à croire que la … teinture végétale a tout pour chavirer à son tour les tendres petits cœurs bobos. La teinture végétale ? Si vous ne le savez pas encore, ce sont toutes ces techniques qui permettent d’utiliser nos amies les plantes, les fleurs, les fruits ou les légumes - le "champ" est infini- pour colorer des bouts de tissus naturels -coton, lin, lin, laine- . On les transforme ensuite en plaids, torchons, nappes, sets du plus bel effet et on est très fières. On ne vous fera pas de masterclass (d’autres s’en chargent très bien) mais il y a grosso modo deux techniques à connaître : le bain de teinture stricto sensu que l’on prépare en faisant mijoter plantes fraîches ou séchées-concassées et l’ « ecobundle » (retenez bien ce mot) qui consiste à imprimer directement des tiges, pistils ou autres feuilles fraîches par cuisson-vapeur. Au passage, notez que l’autre vocable clé de la tribu des filles qui teignent (celles qui changent agréablement des teignes) est le Shibori. C’est visiblement la nouvelle appellation -japonaise- snob pour Tie & Dye, elle donne lieu à de très chouettes instas de baluchons compliqués. C’est d’ailleurs sur IG que nous avons effectivement flairé le truc cet été, en voyant la jolie Charlotte de @atelier_solveig faire un tabac à l'Ile d'Yeu avec son stand de sublimités teintes à l'indigo ou Candice de @supernaturelles multiplier les workshops sur la Côte Basque. Depuis, on a creusé et trouvé toutes sortes d’ateliers d’initiation chez Whole, « manufacture française éco-bienveillante », sise dans un atelier du 11ème parisien (of course). Si l’on ne se sent pas de touiller des peaux d’oignon (ça donne un très beau jaune) sur son AGA le week end, on peut aussi aller shopper sur le désormais vrai beau site d'Atelier Solveig une offre … très étoffée. Ses coussins en lainage teints à la garance, au brou de noix, à la cochenille, sont objectivement magnifiques.

Outre-Atlantique, le « natural dyeing » ou « botanical dyeing » a le vent en poupe aussi, évidemment. Du côté de chez le Futiloscope New-York, ça travaille aussi beaucoup du chaudron dans la vallée de l’Hudson ou les montagnes des Catskills, repaire de « makers » de tous poils. Idem dans les cool canyons de L.A ou encore à Detroit, qui regorge de friches industrielles où glaner des plantes tinctoriales oubliées (cornouiller, arbousier, rocou…). Et bien sûr, on s’en doute, ça « dye » hard également à Brooklyn : le New York Times vient de consacrer un long portrait à la jeune designer textile Maria Elena Pombo, installée à East Williamsburg et spécialiste de teinture végétale à base de…noyaux d’avocat. Lesquels donnent, après décoction, une couleur suave très proche de notre cher « rose millenial ». Cette reine de la recup’ -les Americains important 1 milliard de tonnes d’avocats par an, on apprécie sa modeste contribution au « no food waste »- en fait de très chouettes robes plissées en organza, vendues 2200$ sur son site Fragmentario. Lors de son « Avocado Tour » (sic) de 2017, qui l’a menée de Tokyo à Berlin, via Madrid et l’Italie, elle a initié des centaines de fans de guacamole et d’avocado toast ! Comme sa consoeur brooklynoise Liz Spencer, elle organise des workshops au Brooklyn Botanical Garden (supporter très officiel du mouvement), mais aussi dans des mini-jardins partagés, en voie de transition tinctoriale. A la célèbre Parsons School of Design, « teinture botanique » est l’option la plus courue du moment.

Outre l’indéniable réussite esthétique du procédé, pourquoi la teinture végétale, savoir faire immémorial, prend t’-elle à ce moment précis ? Le Futiloscope est formel : on a rarement vu tendance compiler autant de tocs d’époque. Dans la marmite de la teinture végé, nous versons donc d’abord une énorme louche de botanique et d'herboristerie (cultiver sa matière première dans son propre jardin est du dernier chic ). Nous ajoutons plusieurs grosses cuillerées de Zéro Déchet (on recycle pas mal de pelures et fanes diverses, difficiles à transformer en chips) et d’économie circulaire (on repimpe entre autres pléthore de vieux draps, mouchoirs ou serviettes). Nous saupoudrons, pour finir, d’une lichette d’hommage à la figure féministe de la sorcière, glanant dans la nature, surveillant ses chaudrons fumants et découvrant sur ses oeuvres des transmutations colorées magiques. Le seul bémol à ce concert de coolitude eco-warrior ? Les tissus à teindre doivent apparemment être «mordancés» au préalable, c’est-à-dire baignés dans de l’eau additionnée de sel d’Alun et de crème de tartre, dont on n’est pas tout à fait sûres qu’ils ne soient pas un brin … polluants ( c’est pas très clair, ce qu’on lit là-dessus) …

Dans le doute, à 14 € la dose chez le quincailler, on va d’abord finir notre stock de Dylon « rose poudré » bien chimique pour teindre (en machine, c’est magique!) les draps chinés dans les vide-greniers . Mais après ça, promis, on testera un vertueux workshop de « shibori » ou d’éco-bundle. Car pas question de jouer au petit chimiste à la maison, on risquerait de saloper notre stock de verrerie de labo vintage, réservé à nos fleurs séchées !