Pourquoi on est tombés dans la potion magique ?

Si on vous dit  « naturopathe », vous visualisez une dame entre deux âges qui va vous prescrire des ampoules d’artichaut? Marion Thelliez incarne une version plus moderne de la profession. Egalement « praticienne en chamanisme », elle a fondé le site Moonrise, spécialisé dans les « retraites et cercles pour les femmes, pour s’épanouir à son plein potentiel et se reconnecter au féminin sacré ». Elle y pose au bord d’un torrent, « tambour chamanique » à la main ! Moonrise organise régulièrement des séjours « women only » dans les Cévennes. Dans un grand bain de nature et de bienveillance, on y fait du yoga (bien sûr), on participe à des cercles de parole, on apprend à soigner son syndrome prémenstruel par les plantes, mais on pratique aussi des rituels chamaniques, comme le « voyage au tambour » (méditation guidée par le dong-dong répétitif de l’instrument en question) ou la confection d’un « objet de guérison sacré ». Ce programme ne vous met pas en transe ? Vous avez tort. Sur le site, les participantes, vêtues de tuniques virginales et coiffées de couronnes de fleurs, ont l’air «enchantées ». Dans tous les sens du terme…

Et si on vous parle d’une guérisseuse-herboriste dans une vallée reculée des Alpes ? Vous imaginez la rebouteuse à l’ancienne (zona-verrues-psoriasis) ? Tout faux ! Jeune femme hyper-connectée, Séverine Perron, qui anime la communauté en ligne Nés de la Terre, a même son e-shop. Elle vient aussi de publier « Alchimie Végétale », un ouvrage « d’initiation à la sagesse des plantes guérisseuses », avec ses recettes d’élixirs de fleurs, de bains rituels, de vins médicinaux, de "macérats solaires" (?) et… de teintures végétales ! Le livre s’arrache chez Natures et Découvertes. « Sève » adore évoquer son arrière grand-mère guérisseuse, ses grands-pères « magiciens des arbres », les savoirs anciens qu’on échangeait chez elle, le soir à la veillée (eh oui) . Et sa « slow life » montagnarde a tout pour fasciner les jeunes urbaines stressées :« Le matin, j’allume le feu de mon poêle à bois (…) puis je vais marcher pieds nus dans la rosée, parfois c’est la neige ou la gelée(…). Je vais presque chaque jour marcher en forêt, et je fais souvent des offrandes dans les lieux où je collecte des plantes, où j’ai reçu des enseignements des esprits (…), mes lieux de médecine…».

Herboriser est à la mode ? Ce n’est pas vraiment une surprise. Après la folie des herbiers, des infusions, des fleurs séchées, ou plus récemment des « teintures botaniques », c’est logique. Avec la nouvelle marque  On the wild side , la cosmétique aussi fait dans le « plus bio que bio » : les formules ne contiennent que des plantes « issues de la cueillette sauvage ». Soit. Mais le trend actuel ratisse plus large. Il est connecté à toute la mouvance néo-féministe, et notamment aux « cercles de femmes », ces groupes de soutien et de parole (eux-mêmes inspirés d’un rituel amérindien), en plein essor actuellement. A Paris, ils sont l’une des spécialités du Centre Eléments, spot de yoga et de méditation très couru, ou encore de Moon Sisters , fondé par une certaine Alexandra Marty. Laquelle, dit son site, a été formée à l’Ecole des Treize Lunes par des « prêtresses américaines », qui lui ont « ouvert les portes merveilleuses de la sororité ». Moon Sisters propose toutes sortes de services : nettoyage et fumigation aux plantes sacrées, méditation d’ancrage avec des pierres semi-précieuses, soin sonore ou « sound bath ». Et si votre ado vient d’avoir ses premières règles, pour fêter ça, Alexandra peut lui organiser une petite « cérémonie initiatique » dédiée …

En surfant de lien en lien, on découvre, un peu effarés, que des néo-chamanes/alchimistes/guérisseuses, qui ont pignon sur Instagram, il y en des flopées ! Un grand vent de « healing » -le mot chic, venu de Californie, pour désigner toutes les médecines parallèles, y compris les plus allumées -souffle sur l’hexagone. Mais comment baptiser ses nouvelles prêtresses ? Parce qu’elles flirtent avec le surnaturel et préparent de drôles de brouets, elles nous rappellent un peu  nos amies les sorcières . Mais la "witch" et ses copines sont plus militantes, plus politisées, que ces nouvelles championnes du wellness . Bref : on leur cherchait un nom lorsqu’on est tombées, en librairie, sur le nouveau « mook » qui fait le buzz. C’est un pavé semestriel (il paraît à chaque équinoxe, so chic !), avec des photos superbes, et des contributeurs fascinants : une sonothérapeute- sylvothérapeute (tiens, le bain de forêt, te revoilà aussi ! ) , une spécialiste de gemmothérapie (les cristaux ), quelques yogi et maîtres reiki, un cueilleur, une cuisinière, une tisanière…Le magazine, qui propose à ses lectrices de « s’éveiller doucement au féminin sacré », est divisé en trois sections (recettes, remèdes, rituels) . Mais le coup de génie, c’est son nom : « Druidéesse » ! Chapeau, fallait le trouver. On ne sait pas pourquoi, on a soudain eu une pensée pour un autre génie, coupable, comme tous les grands esprits, d’avoir eu raison trop tôt : Rika Zaraï, la première prêtresse française de la médecine par les plantes. Aujourd’hui, @druidesseRika ( et le hashtag #seatbath ? ), ça ferait un tabac sur Insta !