Pourquoi l'andouilla vole bas ?

Le Futiloscope a laissé passer une coquille dans son titre ? Ce genre de gag presbyte lui arrive parfois. Mais là, il souhaitait avec ce très subtil jeu de mots attirer votre attention sur une nouvelle coqueluche foodie : la fameuse ‘nduja (prononcez en-dou-ya, ah ah ah, vous pigez ?) ! La quoi ? Mais si, vous savez, c’est cette petite purée rouge et épicée, qui ponctue toutes les nouvelles pizzas cool parisiennes de virgules spicy : chez Zola, chez Bon Vivant Pizza, voire au Daroco du 16 ème, on ne voit qu’elle, souvent avec de la fior di latte, d’ailleurs, pour calmer le jeu. L’nduja est en effet une grosse saucisse calabraise à pâte molle, piquante et fondante, qui ressemble pas mal à la soubressade de Majorque. Elle se tartine volontiers et se vend aussi en pot, façon rillettes. C’est d’ailleurs avec ce fleuron de la charcute frenchy -bien davantage qu’avec l’andouille- qu’elle a une vraie parenté : elle recycle comme elles les bas morceaux -les plus gras et goûteux- du cochon . Mais avec beaucoup de piment, son arme fatale, surtout auprès de millenials accros aux sensations fortes et notamment à la Sriracha !

Elle est devenue la chérie des branchés New Yorkais depuis environ 10 ans : là-bas, on la surnomme volontiers le « Red Nutella » pour signifier qu’elle génère des addictions , la «Lady Gaga du porc» pour moquer gentiment son omniprésence ou encore le » Flaming Liquid Salami » , on ne traduit pas, c’est trop joliment dit ! En Europe, l’’nduja-mania est plus récente – certains amis italiens à nous ne la connaissaient même pas encore récemment !- mais la demande est telle que la production de la ville de Spilinga, la mère-patrie de l’nduja aurait doublé l’an dernier … On attend de pied ferme les premières versions Made In Paris que les néo-bouchers tatoués de l’Est Parisien devraient concocter assez vite. L’nduja a en effet tout pour plaire durablement. Son indéniable filiation Cucina Povera, son obédience carnivore Zéro Gâchis – les américains parlent de « Nose to Tail eating « , la façon désormais politiquement correcte de consommer les animaux du « museau à la queue », sans rien jeter- et son chouette petit goût fumé – une autre tocade millenial- cochent toutes les cases du bon gras qu’on aime.

Et on en fait quoi, sinon, à part des jolis splashs sur les pizzas ? On la glisse dans la sauce des pâtes, les ragoûts de viande, les œufs brouillés , on réveille une soupe avec, on s’en fait des mouillettes diverses … Le Futiloscope la voit bien aussi copiner bientôt avec le chou- fleur rôti, pour changer du tahini , il prend les paris… L’nduja, ça va avec tout, en fait !