Pourquoi le col ramène sa fraise ?

Fashion aleeeert ! ,  comme on dit dans les magazines. Ca ne va pas  nous faire nous relever la nuit, mais tout de même, ces jours-ci, notre capteur à tendances nous signale, avec une certaine insistance,  le retour d’un accessoire improbable. La langue française  dispose d’une expression pour le qualifier, mais hélas, elle est tout à fait inappropriée.  Car si on vous dit « col Claudine », vous imaginez une petite chose en dentelle portée sur un chandail d’écolière, voire avec un béret. Un détail rétro-chic, sobre et un peu ennuyeux ?  Comme Audrey Hepburn, qui l’a beaucoup porté ?  Non, le col du moment, ce n’est pas vraiment lui.  Plutôt sa version émancipée, « over the top »,  affranchie des règles du bon goût, de la discrétion, et de l’équilibre des proportions .  D’ailleurs, les Anglo-Saxons l’appellent « col Peter Pan », ce qui le place d’emblée dans le camp du déguisement.

A New-York - Paris-Milan, il a paradé dans les récentes Fashion Week , chez  Chanel , Céline, Marc Jacobs , Gucci & Co. Sur les podiums les plus pointus  (tiens, une kolkhozienne en dentelles, chez Chocheng)  comme chez la très wasp Tory Burch. Mais ce qui est vraiment sidérant, c’est la vitesse à laquelle il s’est échappé des catwalks pour venir nous faire de l’œil dans nos boutiques préférées, ou sur les portants de la fast-fashion. Un chemisier noir ou blanc, relativement portable, à grand col Peter Pan/ bavette/ pelle à tarte ? Rien de plus facile à dénicher chez Ganni, The Frankie Shop, mais aussi Asos ou Zara.  Un modèle nettement plus  espiègle, en Vichy rehaussé de croquet coloré? Le voici chez La Veste, le label créé par la it-girl barcelonaise Bianca Miró. Car bien sûr, depuis quelques semaines, pas une Instagrammeuse spécialisée,  Léandra Médine en tête, qui ne soit à de nombreuses reprises immortalisée en …Peter Pan ? Thierry La Fronde ? Fanfan la Tulipe ? Précieuse Ridicule ?  Un peu de tout ça, si on nous demande notre avis. Les « influenceuses » ont bien fait leur boulot. Si votre ado vous  réclame ce col PP amovible rose bonbon en vente chez Monki, vous saurez  pourquoi !

Bien sûr,  ce trend ne  nous prend pas totalement par surprise. On a l’habitude, depuis quelque temps, que la mode nous tourne autour du cou, souvenez vous des col roulés-doudoune.  La déferlante des blouses victoriennes à plastrons et jabots, et la vogue des  « prairie dress » -sous influence Laura Ashley-, de la créatrice Batsheva Hay , ont aussi  préparé le terrain pour les « frilly collars » XXL (cols à fanfreluches, comme on les appelle aussi aux U.S) . Reste que, quand on est pas une bête de mode, et qu’on ne va clairement pas les porter sous un bustier en peau de vache ou sous un (top tendance ) cardigan de mémé perlé, l’accessoire en question est à peu près aussi difficile à « mismatcher »…que les manches gigot à enfiler sous un manteau l'an dernier . Bien sûr, on vous entend déjà, les rédactrices de mode. On les connaît par cœur, vos conseils à venir : de l’ample et de l’extravagant en haut ? Du minimaliste et du fitté en bas. Casser le côté romantique avec du streetwear, du  sportswear, un legging en cuir, des baskets, des godillots…OK, mais pour se pousser du col, est-on vraiment prêtes à se prendre la tête ? Faut voir.  

Photo d'ouverture : "Zippy sweater" en cachemire, Sea New York