Pourquoi on suit la piste Indienne ?

Si vous vous apprêtiez à commander chez AMPM une énième nappe en lin lavé Céladon pour remplacer la précédente -que même le K2R à dose massive n’a pas «reue»-, on vous arrête tout de suite ! Un vent bien moins minimaliste souffle dorénavant sur nos tables. Qui prend en effet franchement ses aises cette année (après avoir pointé discrètement son nez dès l’été dernier) ? La nappe en « indienne » à motifs végétaux ou fleuris stylisés, pardi, regardez ici ou si ça ne vous évoque rien ! On en voit qui se récrient : quoi, celle-là même que les mamans BCBG des boomers (ou les grands-mères des millenials des beaux quartiers ) adoraient dans les années 70, avec de la vaisselle en faïence de couleur (et des réchauffe-plat accordéon en tissu coordonné) ? Parfaitement ! Si vous avez bazardé récemment les rescapées qui trainaient dans le placard de la maison familiale ou snobé un lot de sets de table au vide-grenier, c’est vraiment dommage…
En sus de la baffe qu’elles mettent à la prétentieuse génération Milk Décoration, les cotonnades « indiennes » à motifs sont en effet un cas formidable d’appropriation culturelle qui prend sa revanche . Au XVII ème siècle, les étoffes imprimées à la main au « block print » ( tampons de bois) importées par la Compagnie des Indes deviennent rapidement la coqueluche des modeuses, quand elles chillent à la campagne en robette, dans un château ou l’autre . Les manufactures européennes ( les fameuses Toiles de Jouy, par exemple) piquent rapidement le procédé et l’adaptent industriellement, rencontrant un tel succès que l’ « indienne » sera interdite en France par Louis XIV pour protéger les soyeux lyonnais. C’est une « Prohibition » dont on parle moins mais qui donnera lieu à un véritable trafic, jusqu’à son abolition un siècle plus tard . Voilà pour la séquence historique, vous pouvez respirer…
En 2020, évidemment, on ne mange pas de ce pain colonialiste-là et, bien sûr, on ne vole plus leurs savoirs ancestraux aux peuples de la terre. Enfin, officiellement. Les nappes en « indienne » que vous allez acheter à de jolies marques bien sous tout rapport seront hand made avec amour au Rajasthan et avec un peu de chance, vous aurez une photo super chouette de la famille d’artisans qui l’aura faite…
Outre ce supplément d’âme fort sympathique, la nappe en indienne a bien des qualités pratiques. Elle permet de ressortir, pour matcher avec sa fantaisie chromatique, toutes sortes de pièces, issues de listes de mariage 80 super bourges ou d’héritages de même obédience,  pas vraiment valorisées jusque-là. Barbotine figurative qui claque, Gien exubérant, faïences de Moustiers bien chargées, verres multicolores à picots portugais -en gros, tout ce qui était planqué dans les armoires derrière la céramique et les gobelets épurés- ne devraient pas tarder à subir une réhab express. Excellent pour notre bilan CO2, ce recyclage inespéré ! En outre, les vrais pros de l’économie domestique le savent : une nappe imprimée est beaucoup moins vite détruite par les petites taches que sa perfide consoeur unie qui ne se vit qu’immaculée ! Un peu limite certes mais les tablées nombreuses -et souvent rendues extrêmement maladroites par l'apéro prolongé - d'Août prochain lui disent déjà merci ! L'indienne, c'est sioux, on ne va se priver de le proclamer. Convaincu.e.s ? On attend vos témoignages sur cette révolution culturelle…