Pourquoi on repique à la fleur séchée ?

Les fleurs séchées, vous le savez, c’est une tendance que le Futilo surveille comme du lait sur le feu … Il se vante de l’avoir sentie dès Avril 2016, bien avant qu’il y en ait jusque chez les marchands de lunettes pseudo branchés, dans les boutiques de fringues pour jeunes actives (comme celle dont le nom commence par S, comprend un Z et finit par un E ) et tous les restaus à prétention légumière et circuit court ( auxquels on souhaite néanmoins de rouvrir vite !). Pour mainstream qu’elles soient devenues, les fleurs séchées se sont ainsi révélées d’exquises copines de confinement quand notre fleuriste préféré a fermé boutique. Toujours prêtes à nous faire profiter sans moufter de leur increvable poésie gracile. Ou se prêtant à de nouveaux arrangements faciles : hop, toutes dans ce pichet en terracota ( le truc qui monte, soit dit en passant ), y en a marre de ce trio de bocaux vintage ! Le tout sans eau à changer, un vrai plus par les temps furieusement domestiques qui courent …

Fleurs d'ail sauvage en cours de séchage @pomponbazar

Bien que très reconnaissantes envers notre fidèle Limonium et son acolyte le Craspedia, on s’est dit qu’il y avait peut-être de l’actu sur le sujet, depuis le temps. Pour s’en assurer, on a interrogé Corinne Marchetti qui est l’invitée de ce post, une première pour le Futiloscope (et on est contentes qu’elle se fasse avec elle !) … Ah, Corinne ! Elle est la fondatrice de la très chouette boutique de déco et d’accessoires Pompon Bazar, rue du Château dEau, que nous avons souvent citée sur notre Instagram. Elle est aussi une des premières à avoir hébergé un «bar à fleurs séchées». Tout comme elle avait des «bijoux de murs», du «jungalow», des bibelots avec des yeux ou des mains et des sacs tambourins balinais bien avant la déferlante … Bref, elle touche aussi sa bille en air du temps , sous ses airs modestes !

Eh bien, Corinne est formelle : la prochaine fleur séchée qu’on va s’arracher, c’est la sauvage ! «Personnellement, je considère le bouquet de fleurs sauvages séchées comme un luxe suprême : ces dernières sont uniques ( non produites en série), car cueillies à la main et à forte valeur sentimentale ( le souvenir de la promenade, du lieu … )» dit-elle joliment. C’est une bonne nouvelle, tiens, cette apologie du glanage ! Particulièrement en cette période où certaines sont confinées à la campagne, à la montagne, près d’une garrigue et peuvent flâner brièvement le long des talus et des sentiers autorisés ( bien sûr, monsieur l’agent , j’ai mon attestation et ça fait 23 minutes seulement que je muse )… Même le Futilo Paris ramasse des graminées de toute beauté sur les romanesques boulevards de ceinture du 16 ème, c’est dire.

Chardons sauvages, pavots divers (il existe plus d'une centaine d'espèces), artichaut, graminées . Credit : Pompon Bazar

Evidemment, la fleur sauvage séchée est moins garantie esthétiquement que sa consoeur d'élevage . On ne sait jamais à quoi on va arriver, une touffe folâtre, un petit moignon design, c’est même ça qui est amusant, surprise, surprise ! « Le mieux est de tester » conseille Corinne « les pétales sont fragiles, pour le coquelicot ou le pavot, par exemple, on ne gardera que le coeur». Les branchettes et les herbes folles sèchent souvent très bien aussi, pour un effet beaucoup moins cul-cul que certains bouquets du commerce, souvent à la limite du mariage bobo. « Si elles perdent en vivacité de couleur (par rapport aux fleurs cultivées ) , les fleurs sauvages gagnent en graphisme. Il faut jouer de leur imperfection, de leurs formes parfois bizarroïdes, de la grande subtilité de leurs teintes » note aussi Corinne. Et de lister toutes celles et ceux qui se prêtent bien au jeu du «Qui sèche gagne» : la camomille et le fenouil , le blé, les tournesols, les immortelles, les bruyères, les fougères, la lavande, le chardon, l’avoine, l’eucalyptus, les genêts , les fleurs d'ail, les herbes de la pampas, les palmes, les branchages d’olivier… ». On n’a gardé que les noms qu’on connaissait, mais il parait que l’Achillée et le Sétaire ont tout bon aussi …

A vous de jouer, l’accrochage en fagotin tête en bas au mur s’avérant TOUJOURS réussi, si le résultat est un peu trop bancal pour un bouquet en majesté. Et si jamais la patience vous a manqué – entre deux lessives et 12 conf calls/ jour, c’est possible-, il y aura bientôt un onglet «Fleurs sauvages séchées» sur le site de Pompon Bazar. Merci Corinne.

Photo bandeau @valentinahortus