Pourquoi les restaus sont (malgré tout) à la fête ?

« Festaurant » ? Le mot commence à être sur toutes les bouches informées… La preuve ? On vient de lire une véritable somme sur le sujet chez les brillants jeunes gens de Time Out. Un « festaurant » , c’est quoi ? Tout simplement cet hybride qui a sauvé les soirées de l’été pour les fêtards, en l’absence regrettée de dance floors validés par le Conseil Scientifique … Comprenez un restau où l’on fait tourner les serviettes et danse entre (voire sur) les tables, après avoir plus ou moins respecté un service lui aussi plus ou moins alibi … Les journaux d’Août étaient d’ailleurs, sans forcément utiliser le terme, pleins de tribunes amères envers les dangereuses terrasses à tapas festives, pullulant dans les stations balnéaires ( genre Saint Trop) d’une jeunesse dorée risque tout.
Le terme Festaurant est très moche du point de vue du Futiloscope. Et déjà pris, en outre ! Un « Festaurant », selon l’Urban Dictionary , ce serait plutôt un « Fast Food Restaurant », de préférence tex mex, avec grill et graillon au menu. Du coup, le Futiloscope n’est pas mécontent de son propre néologisme : le Resteuf ! Qu’en pensez -vous ? La tendance, quel que soit son nom, est de celles qui « font sens » comme on dit … Elle a certes émergé bien avant la Pandémie. Vous avez forcément entendu parler, à Paris, du Balagan ou de Yaya, joyeux souks Middle East, où pendant qu'on partage de très bonnes choses et des pains exotiques avec ses potes, la musique monte, les serveurs (canons) se trémoussent et les clients itou. Très rigolo. Et super quand on bosse, ce Deux en Un dinette-night club ! On a le sentiment exquis de pas être encore pas totalement encroûté – sortir en semaine OMG !- tout en rentrant se coucher à minuit. Comme on dit dans Time Out, quel bonheur, aussi, de rompre enfin avec cette manie very frenchy de mettre les lieux ( et les gens) dans des cases : là c’est un restau, ici c’est une boite ? Eh ben non, c’est les deux … Les vrais branchés, de retour de Tel Aviv , parlaient dès 2014 au moins - et avec des larmes dans la voix - des mercredis et jeudis endiablés du Ha Salon, le gastro du chef Eyal Shani ( l’inventeur du chou fleur rôti, pour faire simple). Ca y est, ça a pris le temps, ils ont enfin des concepts approchants à Paris : food très très sympa, ambiance de folie, dj invité ( bon plan pour une profession mise au chômage par le Covid) et chef rock star BG, comme Julien Sebbag, qui après avoir mis le feu les mardis Chez Oim (au Bus Palladium) a fait guincher tout l’été sur le roof top Créatures. Seul, dans tous ces lieux chauds bouillants, manque le célèbre bar en flammes des fins de party à « Téla » …
Ce qui est amusant – du moins pour le Futiloscope-, c’est que ce Resteuf qui transcende les genres a aussi une autre filiation, nettement plus bcbg (et plutôt moins mise en avant par les médias cool) . C’est celle des restaus d’été qui finissent en boite, après que les parents aient invité les enfants à dîner, grattant ainsi le droit de frétiller un peu avant de s’éclipser poliment pour laisser les djeunes s’éclater. Il y en a de mythiques, comme le Sail Fish au Cap Ferret ou la Pergola, sur l’Ile de Ré, tous endroits où hors saison, on fête aussi les mariages, preuve de l’attachement local à ces spots tutélaires (quoiqu’en voie de « tropézisation » , indique t’-on ici ou là). Les importer à Paris, au Piaf, au Germain ou chez Loulou, a un parfum « endless summer » ravigotant (et apparemment pas encore repéré par la maréchaussée, en dépit de l’ambiance vraiment peu Covid friendly, c’est mystérieux ). A Paris, le Chalet des Iles, fief très Seizième sur le Lac Inférieur du Bois de Boulogne, a vu ainsi déferler chaque week end de Septembre des nuées de minets pour des soirées nettement plus débridées que les rallyes de leur prime jeunesse.
Bref, qu’importe le flacon, branchouze ou bourge, pourvu qu’on ait la fiesta… La fermeture des bars à 22 h va-t-elle doper encore le « resteuf », dernier îlot de résistance en ce monde sinistre ? Ou le couperet tomber officiellement sur cette offense aux bonnes mœurs sanitaires, qui n’est pas loin de rappeler les Speakeasy de la Prohibition ? Seul Olivier Véran le sait …