Pourquoi le télé-travailleur est le nouveau touriste ?

Pour rentabiliser un appartement ou une maison de vacances sur AirBnB, jusqu’ici, on connaissait les codes photos : à Paris, un peu de toits en zinc, un bistrot carte postale, les croissants du petit déj’. Dans le Perche ou en Bretagne, les agapanthes en fleur, le day bed au fond du jardin, le feu de cheminée… Sauf que ces derniers temps, pour des raisons évidentes, le client (américain ou européen) se raréfie. Que faire ? Le géant de la location entre particuliers a LA solution, dans une note adressée à tous ses « hosts » : updater votre annonce ! Au lieu d’insister sur le côté « cosy », de photographier vos peaux de mouton et vos enfilades scandinaves, il va falloir mettre l’accent sur le côté « work friendly » : peut-on travailler correctement chez vous ? Combien y a t-il d’espaces de bureau, et de chaises ergonomiques? Disposez-vous d’une imprimante ? Et surtout, d’une wifi 5 étoiles, qui ne flageole pas en cas de réunions Zoom simultanées ? Si ce n’est pas le cas, AirBnB vous conseille d’investir dans des prolongateurs. Puis de glisser, entre deux clichés de poêle à bois ou de douche à l’italienne, « une capture d’écran de test de débit wifi » ( !). Quant aux « superhosts » - les surdoués de l’accueil- ils vont jusqu’à installer une « station boissons chaudes » (thé, café, bouilloire, thermos…) et garnissent la corbeille de bienvenue de… feutres, câbles et bloc-notes !

Transformer sa résidence secondaire en espace de coworking ?
Ce n’est pas sot. Le télétravail, comme le vernis à ongles, se porte désormais « semi-permanent ». Après des semaines à bosser confinés en appartement avec conjoint et enfants, beaucoup de gens ont réalisé qu’ils pouvaient peut-être télétravailler…ailleurs, loin des supermarchés et des métros bondés. L’an dernier, la demande de long séjours a bondi chez AirBnB, ainsi que le nombre de commentaires évoquant le « travail à distance » (+128%). Le mouvement est parti des grandes villes US les plus touchées par le virus : les New Yorkais se sont rués dans les Catskills ou la vallée de l’Hudson. Selon un sondage New York Times l’été dernier, un tiers de ces travailleurs à domicile envisageaient de s’installer dans une autre ville ou un autre état, si la crise sanitaire se prolongeait. On y est. Et les Européens, réputés moins « mobiles », leur emboitent le pas. Avec la pandémie, le « nomadisme digital » (considérer le monde comme son bureau, si votre job et vos moyens vous le permettent) s’est répandu lui aussi.

Les premiers concernés ? Les jeunes salariés de la tech, des trentenaires qui ont un peu de sous et pas encore de fil familial à la patte. Leurs employeurs (Twitter, Amazon, AirBnB…) ont souvent fermé leurs bureaux jusqu’à l’été 2021, et encouragent la bougeotte (les salariés d’AirBnB reçoivent des coupons à investir sur la plate-forme de location). On ne peut plus voyager pour le plaisir ? Alors, pourquoi ne pas profiter du télétravail pour s’installer momentanément dans une contrée plus exotique, Mexique, Costa Rica, Thaïlande, Sud de l’Europe ? Au moins, le weekend, voire entre deux réunions Zoom, on profitera d’un environnement moins routinier, plus aéré. On pourra même pour les plus chanceux, piquer une tête dans la piscine, voire …apprendre enfin à surfer ? Pas un hasard si le Sud du Portugal est apparemment une des destinations préférées pour les « coworkations », ces nouvelles colocs vacances-boulot entre jeunes professionnels en rupture de bureau .


Vous n’avez pas de collègues sympas avec qui sauter le pas ? Aux Etats-Unis, plein de nouvelles agences spécialisées, ont fait leur apparition : chez « Coworkations », par exemple, il reste des places pour un futur « remote work trip » (voyage de télétravail ) d’un mois à Ko Samui ( Thailande) . 2000 € tout compris, avec le vol, les transferts, l’hébergement, plus l’accès à un espace de coworking et des rencontres avec d’autres digital nomades. Ces formules ont de plus en plus de succès chez les Américains, qui peuvent enfin, vive le Covid, voyager…sans griller leur maigre stock de congés payés ! Vous détestez les trips organisés, vous êtes plutôt du genre routard ? Le site Nomadlist vous indique très précisément, un peu partout dans le monde, les plus et les moins d’un séjour de ce type. On a un peu exploré pour vous : télé-travailler à Timisoara, apparemment, c’est imbattable !

A l’autre extrémité du spectre, il y a l’option télétravail dans un sublime resort des Antilles, d’Amérique Centrale ou des Maldives. Bosser dans un palace, entre la plage et la piscine à débordement, pendant que Madame est au spa et qu’un professeur privé fait la classe aux enfants. De nombreux pays qui vivent (ou vivaient ) surtout du tourisme (les Bermudes, la Barbade, le Mexique …mais aussi la Géorgie, l’Espagne ou le Portugal) délivrent désormais des visas spéciaux qui permettent d’y bosser des mois sans la moindre tracasserie administrative. Et les grands hôtels désertés rivalisent de packages alléchants pour attirer de riches businessmen, quadras ou quinquas cette fois, et leurs familles. Le groupe Marriott a lancé son programme « Work anywhere », avec un « digital butler » qui règle tous vos soucis de connexion ou d’imprimante, et la wifi même dans les cabines de plage . Le Hyatt Regency de Bangkok vous accueille pour moins de 100 $ la nuit ……si vous restez un an ! (avec massages, accès au spa illimité, et escapade de 10 nuits possible au Hyatt de Pucket). A celui de Cap Cana (République Dominicaine), vous pouvez profiter de votre « remote work trip » pour apprendre l’espagnol des affaires. Quant au « Work well package » du resort Vakkaru aux Maldives, en plus des réducs et avantages habituels (massages à gogo, cours de yoga, snacks healthy) , il promet de vous upgrader dans une vaste villa avec espace de travail , imprimante et fournitures de bureau… Ca fait rêver -certains- mais il y a un gros loup : à qui va-t-on bien pouvoir dire « Ca va comme un lundi » ?

Photo @indietravlr