Pourquoi la femme de lettres envoie ?

Ou comment cette figure vintage est redevenue une icône contemporaine ...

L’avalanche de « role models », parfois opaques pour la bourgeoise blanche de plus de 17 ans, donne t’-elle donne le tournis aux clientes les moins "woke" du luxe ? Le monde de la mode semble avoir acté récemment qu’une partie de sa clientèle n’est pas forcément bilingue en « novlangue » intersectionnelle, body positive ou décoloniale. Le Futiloscope, à qui on ne la fait pas, sent en effet poindre un vrai frémissement, ici ou là, pour une figure nettement plus BCBG et plus compatible avec le fond de commerce classique des marques chic.
Qui plastronne, en effet, de plus en plus souvent, en tête de gondole fashion ? La Femme de Lettres, pardi ! Eh oui …. Vous nous direz que ce n’est pas nouveau, Simone de B. enturbannée est croquée à toutes les sauces depuis un moment, on s’arrache -depuis Just Kids- une Patti Smith reconvertie en auteure à mine farouche et Joan Didion posait déjà pour une campagne Céline en 2015. La nouvelle version de l’icône littéraire est cependant nettement plus … datée. On franchit désormais un cap, en allant plutôt piocher au rayon "écrivaine fin XIX ème- début XX ème" . Il est vrai que sa dimension « broyée par la société patriarcale », matinée d’une vraie élégance vestimentaire d'époque -parfois complétée d’une œuvre formidable, mais c’est moins le sujet -, est juste parfaite pour les plus vieux et les plus riches des millenials.

La collection Printemps Eté 2021 Dior fait ainsi défiler de languides clonettes de Virginia Woolf, toutes en poncho frangés brodés et peignoirs imprimés, qu’on imagine assez bien sur l’auteur d’Une Chambre A Soi. « Les véritables muses de cette collection sont les écrivaines et les poétesses, les femmes qui ont déployé leur style et leur intellect pour articuler leurs idées, à travers des mots et des histoires », explique doctement sa créatrice, Maria Grazia Chiuri, bien connue par ailleurs pour son t-shirt citation de Chimamanda Adichie, autre femme de lettres. Ah Virginia Woolf , la vraie star du moment … Que penserait-elle du fait de se retrouver de profil sur des savonnettes cool ? Ou d’être exhibée -faut dire qu’elle avait de la gueule, Virginia, dans le genre chevalin-classe !- sur les comptes Instagram des filles qui pensent et découvrent apparemment son oeuvre en ce printemps 2021 ? Pas que du bien, songe t’on mélancoliquement …
Chez Chanel, on a plutôt choisi l’option intello-sulfureuse vintage, assez efficace aussi … « Les rendez-vous littéraires rue Cambon », nouveau format filmé -fascinant!- visible sur le site de la marque, sont un tribut non déguisé à la Femme de Lettres Eternelle. On y voit, toutes trois magnifiquement vêtues de noir par la maison, la diplômée en philosophie Charlotte Casiraghi, l’écrivaine Sarah Chiche et l’historienne de la littérature Fanny Amara, disserter élégamment, sur des canapés-crème et l’oeuvre de Lou Andreas Salomé. Femme de lettres -donc ! -germano-russe - trop cool -, pionnière de la psychanalyse -carrément parfait - et compagne, entre autres, de Nietzsche ou de Rilke - c’est presque trop - … On leur suggérerait bien une des sœurs Brontë pour le suivant, elles aussi cochent pas mal de cases, dans leur genre tragique et bien sapé …
Ce salon littéraire féminin virtuel est d’ailleurs loin d’être le seul. Les podcasts qui font dans ce créneau, comme le Book Club de Louie Media ou ceux de Reading Wild, n’accueillent que des écrivains femmes. Vivantes, elles -c’est un peu la contrainte du genre audio- mais très bien quand même, vraiment … Une petit couv’ avec Delphine de Vigan là-dessus ( comme celle du Elle , il y a peu) et une poétesse à joli bibi -nettement plus branché que celui d’Amélie Nothomb- plus tard ( mais si vous savez qui c’est, elle a beaucoup ému à l’investiture de Jo Biden! ) ? On a peut-être une chance que les ados filles de notre connaissance rachètent des cahiers pour coucher leur journal intime ou leurs œuvres … Writing is sexy !