Pourquoi on joue avec la nourriture ?

Ou comment le précepte historique "On ne joue pas avec la nourriture" est devenu parfaitement ringard en 2021 . Dorénavant, on DOIT jouer avec la Food ...

L’adage « On ne joue pas avec la nourriture ! » , tendant à décourager les sculpteurs sur mie de pain et autres artistes du tri de petits pois en bord d’assiette, a t’il du plomb dans l’aile ( ou la cuisse) ? Certes, cela fait un moment que l’Insta Food et ses arcs en ciel de fruits rouges sur bowls ou semis de fleurs comestibles sur gâteaux rigolos divers – tiens, à propos, que sont devenus les cup cakes , ces stars d’antan ? - fait des ravages … Il paraitrait même que les kids américains nourris à cette esthétique ruinent désormais leurs parents en framboises et myrtilles, en ne prétendant rien ingérer d’autre ! Mais il est clair qu’un cap a été franchi ces derniers temps … Ce n’est plus de déco, c’est d’art qu’on se pique quand on passe à table ou vide son frigo !

Un peu d’histoire … Bien sûr, le Futiloscope vous a déjà alerté sur la tendance « Dessine ton petit Picasso ou Cocteau sur ta miche de pain-maison » (au levain élevé dans ta kitchenette) . Avec le « Focaccia Garden Art » ( Fais Giverny sur ta pizz', grosso modo ), elle a constitué pendant le premier confinement une alternative comestible au célèbre Getty Museum Challenge. C’est vrai qu’un Van Gogh en tomates Ananas et asperges vertes sur pâte levée, c’est plus easy à reconstituer à la maison que la Laitière de Vermeer … Pour rappel , voici quelques images récentes de cet art domestique désormais bien installé ( vous constaterez que la tarte et le sandwich qui se la jouent ont rejoint cette fine équipe …)

Ensuite, fort logiquement, d'autres confinements se pointant, nous sommes passés à la tartine arty. Depuis quelques mois, une foultitude de jeunes femmes ( plutôt japonaises ou coréennes of course) s’échinent à faire du pain de mie- blanc ou complet- la nouvelle toile idéale. Nous avons du cubisme, de l’estampe japonaise, de l’abstraction.., bref un enchantement pur …  Tant de créativité  bien ordonnée séduit terriblement, on s’en doute, la génération Top Chef, celle qui ne peut pas survivre sans « cercle à dresser » sa mousse de petits pois crus au wasabi…

La branche kawai fun n’est évidemment pas en reste… La mignonnerie premier degré ou pas reste une valeur sûre, elle va très bien avec la vague des bijoux et des grigris pour téléphone façon atelier d’anniversaire des 10 ans de Manon, déjà décryptée aussi par le Futilo en son temps … On vous laisse juges, y a du potentiel et des DIY formidables à reproduire avec ses enfants, filleuls, neveux cet été …

Et puis finally, il y a de "vraies" artistes qui ont elles aussi eu un gros coup de food. Nous, au Futilo, on a un faible pour le travail de la française Inès Melia. Bougeoirs en fromage, mozzarella body positive, installation de clémentines, franchement, elle décoiffe. Là encore , on notera que la ciboulette, cette cachottière, a un gros potentiel ...

On entend déjà râler les "rageuses" - qu'on adore- du Futilo ... Mais c'est quoi ce gâchis de bouffe ? Ces chèvres sacrifiés ? Eh bien, on a aussi en magasins des joueuses de food très vertueuses, mesdames ( pardon les gars, mais ce sont elles qu'on entend surtout) . Ainsi, la japonaise Yukiko Morita ne travaille que sur du pain et des viennoiseries rassis qu'elle transforme en lampes du plus bel effet, après leur avoir collé dessus un petit top coat en résine. Son horloge en nan est assez grandiose également. Même "génie" du zéro gaspi chez les newyorkaises de Dauphinette qui vous flanquent aussi sous résine écolo des coupes ou des tranches de fruits récupérés pour en faire des bracelets ou BO très ... frais. Admirable, non ?