Pourquoi on part à la chasse au matelassé ?

Cet hiver, on s' habille comme des gardes forestiers pour aller au bureau ? Le Futiloscope vous dit ce qu'il en pense ...

Avez-vous remarqué le nombre affolant de chasseuses qui arpentent le bitume, depuis que la bise est venue ? Que se passe t’-il ? Une série de happenings inclusifs organisée par le parti Chasse Pêche et Traditions (aujourd’hui rebaptisé Le Mouvement de La Ruralité, un nom moins clivant), à quelques mois des élections ? Ce serait amusant mais non, que les vegan se rassurent, aucune offensive en cours du lobby des tueurs de lapins et de sangliers. Non, c’est juste que la mode, cette saison, a visiblement décidé de nous vêtir de matelassé kaki sous toutes ces formes,. Sur-chemises, vastes manteaux, surplis à pression, capes, parkas XXL et autres pelures très nature.., c'est un festival rien que sur les portants de la fast fashion (dont toutes nos photos sont issues) !

La "Quilted Jacket" -et son cousin le "Quilted Coat"- aux teintes automnales ne sont certes pas des perdreaux de l’année. La gentry anglaise et les BCBG -canal historique de tous les pays, s’en vêtent avec volupté depuis son invention grand public vers 1965, sous le nom d'"Husky Jacket" , par un certain Steve Guylas. Il y a plein d’images de Lady Di, période "Sloane Ranger", arborant avec une grâce empotée son Barbour matelassé. La technique du matelassage en losanges – 2 couches de tissu enrobant un matériau plus épais- qui caractérise l’objet remonterait néanmoins au temps des chevaliers qui trouvaient son rembourrage douillet sous l’armure.
Ces losanges géométriques ou ondulants -et leur effet vaguement 3D- sont par ailleurs ce qui distingue la "Quilted Jacket" et ses variantes de la bête doudoune. Qu’on se le dise, les petits boudins façon Uniqlo gardent leur intérêt pratique mais n’ont rien de tendance …

La version 2021 de la « quilted jacket » n’a cependant pas grand-chose à voir avec cette ancêtre plutôt upper class. Sauf si on la chance d'avoir retrouvé du Ralph Lauren vintage dans les armoires familiales, bien sûr. Les vastitudes matelassées dont se drapent les filles dans le vent tapent plutôt dans un registre subalterne : rabatteur solognot à la manoeuvre, gardien à l’année curant les fossés inondés, garde forestier en service, technicien des Eaux et Forêts voire maître-chien, c’est plutôt ça l’esthétique recherchée …
Evidemment, tout cela a un petit côté survivaliste qui ne saurait passer inaperçu : se costumer en femme des bois aguerrie, prête à en découdre avec la gadoue et les ronces, remonte sans doute le moral quand on ne sait plus très bien à quel vaccin se vouer. Un stage de cueillette sauvage là-dessus et on fera semblant de croire qu’on est prêtes pour un exil forcé hors des villes, à bouffer le cynorrhodon des taillis (au lieu des graines de Chia du Naturalia).…

Ces grands machins douillets font aussi penser très fort aux sacs de couchage vintage army, dans lesquels il était bon de s’emmitoufler pour dormir dans une cabane en rondin. Sommes -nous confrontés là à une radicalisation de la tendance "Gorpcore" ( le look camping en ville, godillots, polaires et coupe vents techniques, assez répandu chez les jeunes créatifs ) ? C’est à craindre quand on voit ce que nous a concocté Ikea... Soit un « manteau/poncho sac de couchage », hybride assez affolant (joliment prénommé « Fältmal ») qui change de fonction grâce à quelques boutons-pressions !

Cette merveille d’ingéniosité -que bien des SDF apprécieraient mais ils ne sont clairement pas la cible- sera disponible dans la collection été de l’enseigne suédoise. D'autres versions - à jambes parfois- circulent déjà librement sur des e-shops divers, plutôt ciblés rando et trek. Le tout est sans doute censé évoquer une sorte d’aventurier.e. tout terrain, buveur de kawa au bord de lacs limpides, dans la rosée du matin. Ca, c'est pour le story-telling... Quand on découvre que Fältmal n’est pas imperméable -ce qui est assez crétin-, on se dit qu’en fait, il va finir sur les télétravailleurs.euses et les canapés de leur maison. Et, là, trop c’est trop ! Déjà que certains ont du mal à sortir de leur caverne, ce n’est peut être pas la peine qu’ils se donnent des frissons outdoor assis dans le salon !